A l’avant garde : Lauren Greenfield – Generation Wealth – 2008-2017

« Le freak c’est chic ! » scandait en son temps le groupe de disco/funk Chic. Un jeu de mot prémonitoire si l’on en croit le projet mutli-facettes de Lauren Greenfield. Étalé sur 10 ans, Generation Wealth détaille en photographie les us et coutumes des nouveaux riches de la planète. Via des expositions, une monographie et un documentaire, cette plongée dans l’intimité des fortunés de ce monde donne à voir une nouvelle forme de monstruosité.

Opulence étalée sans pudeur, clinquant insupportable, réussite affichée avec morgue et un brin de naïveté satisfaite, ces clichés donnent le tournis … et la nausée. Car on y devine une obsession morbide et contagieuse qui se transmet de parents à enfants, autorisant toutes les déviances, excusant tous les dérapages, si à la clé il y a cet enrichissement constant comme une boulimie de reconnaissance.

Et pourtant … les dorures sonnent faux, les bijoux, trop gros, sont grossiers, les vêtements sans goût, obscènes … le luxe ici est racoleur, pas de toiles de maître, pas d’objets de collection, pas de livres d’art, aucun raffinement … un camouflage de splendeur tapageuse pour cacher la peur de manquer de nouveau un jour … Et Lauren Greenfield de saisir cette distorsion invisible, de la donner à voir ainsi que la fausse confiance qui l’accompagne.

Tout comme l’ivresse que dégage cette satisfaction affirmée, revendiquée … L’argent ici est montré, fêté, il autorise tout ou presque … mais dicte aussi sa loi. Des contraintes sociales épuisantes, le poids et la ligne qu’on doit surveiller constamment, les impératifs de beauté qu’il faut porter devant les autres, le sourire perpétuel qui s’imprime sur les traits … voici donc les Midas modernes, chantres du bling bling.

Un mensonge, car là aussi et avec beaucoup de subtilité, Greenfield capte les tensions, les angoisses, le vide enfin auquel on n’échappe finalement pas malgré l’or et les dollars … Menée sur une décennie, cette exploration, qui pourrait illustrer à merveille le propos des Pinçon-Charlot ou de Bret Easton Elis, met également en évidence la suprématie d’une fascination généralisée pour le fric, devenue valeur de référence et but à atteindre pour la plupart.

Et plus si affinités

https://www.generation-wealth.com/

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