A l’avant garde : Josè Manuel Ballester – Espaces cachés

On vient de les voir fleurir sur la toile, pour illustrer le grand contingentement. Pourtant la série « Espaces cachés » de l’espagnol Josè Manuel Ballester date de quelques années déjà, nous interrogeant en substance sur tout ce qui fait un tableau qui n’est pas humain.

Le principe est simple et redoutable d’efficacité : effacer toute trace de personnage à la surface des grandes toiles de maîtres. La Vénus de Botticelli ? Désintégrée ainsi que les zéphyrs et les nymphes qui l’entourent de leur admiration. Restent la mer, et une coquille vide. Le Radeau de la Méduse de Géricault ? Soudain allégé de ses naufragés, il flotte sous les nuages. La Cène de Léonard de Vinci ? Sans Jésus et les Apôtres, une table qu’il faut débarrasser après un repas.

Le gommage numérique effectué est sans pitié … et révélateur. L’espace enfin apparaît, une scénographie essentielle, l’épaisseur du décor, accessoires, meubles, les éléments naturels, la perspective … des détails insoupçonnés nous sautent aux yeux, ils étaient pourtant là, mais on n’avait d’attention que pour le drame des protagonistes, leur attitude, leur regard, leurs interactions. Dommage …

La flaque de sang caillé, la lumière blafarde d’une lanterne en disent autant sinon plus sur l’horreur du Tres de Mayo de Goya que les condamnés fusillés bras écartés par les soldats de Napoléon. Car ils posent question, forcent l’imaginaire, imposent de remplir ce vide avec notre doute, nos fantasmes, nos peurs. cette tactique du manque est finalement très pertinente pour donner à percevoir ce qui fait la force de la peinture, cet art de la représentation dans ce qu’il art de plus subtil.

Et plus si affinités

http://www.josemanuelballester.com