A l’avant-garde : Fucking hell – Jake et Dinos Chapman – 2008

Rien qu’en exposant cette œuvre, Dunkerque 2013 a gagné ses galons de capitale culturelle, et pas simplement à l’échelon régional. Car il en faut dans le ventre pour exhiber les huit maquettes ciselées avec tant de patience par les frères Chapman.

Et pour cause : ces théâtres de la guerre stigmatisent en fleuves de sang l’idée de barbarie, de monstruosité inhérente à l’humanité. 30 000 figurines qui déferlent telles les légions diaboliques sur un monde qu’elles corrompent à chaque trace et rendent soudain stérile. Partout des têtes coupées, des crucifixions, des tortures, des démembrements, … jusque dans les coins les plus obscurs des maisons, dans l’ombre de tunnels qui n’aboutissent nulle part, sous le champignon atomique qui va tout anéantir.

Certes l’ensemble de l’œuvre dénonce le nazisme comme une émanation extrême de ce qui sommeille de plus maléfique en nous. Mais par sa prolifération, son gigantisme, ses hybridations, Fuckin’hell évoque la boucherie héroïque décrite par Voltaire dans Candide, les scènes les plus atroces de Apocalypse now, les Triomphes de la Mort peints par Brueghel et ses contemporains, l’Enfer de Dante ou de Jérôme Bosch, les Théâtres de la mort de Zumbo, la tétralogie zombi de Romero …

Tout un ensemble de visions atroces tissées de charniers, véhiculées par des photos de presse que nous ne regardons même plus, saturés que nous sommes d’images de mort. En convoquant les horreurs de la guerre, les frères Chapman nous rouvrent les yeux sur la Bosnie, le Mali, le Rwanda, … tous ces pays où on a massacré, où on massacrera encore. Leur Géhenne se veut Mémoire et Avertissement … tout cela recommencera.

 

Et plus si affinités

http://www.jakeanddinoschapman.com/