Discount : la vie au rabais ?

discount affiche

Discount : banal patronyme d’une grande surface affichant des prix sacrifiés. Au dépend d’employés surexploités par une directrice tyrannique elle même pressurée par ses supérieurs. Compétitivité constante, salaires dérisoires, horaires inhumains … ça roule parce qu’il faut vivre, nourrir les gosses, payer la maison, s’occuper des parents grabataires. Dans une région rongée par le chômage on est content quand on a un job et on ferait n’importe quoi pour le garder. Jusqu’au jour où on craque.

discount

Pour Gilles et ses collègues Christiane, Emma, Alfred et Momo, c’est peut être quand on les force à encaisser debout du matin au soir, chrono en main que ça bascule. Ou alors quand on les fouille le soir pour vérifier qu’ils ne volent rien. Quand on minute à la seconde le temps qu’ils passent aux toilettes ? Plus probablement autour de la benne à ordures où ils entassent les denrées à javelliser. Toute cette nourriture gâchée alors qu’elle est encore viable, consommable quand des gens crèvent de faim, tandis qu’eux même n’ont rien d’autres que des dettes et la menace d’un licenciement imminent … du coup ils vont agir.

Pour son premier film, Louis-Julien Petit rend hommage au cinéma de Ken Loach afin de construire cette fable sociale, en s’inspirant de l’histoire d’Anne-Marie Costa, caissière poursuivie par le supermarché où elle travaillait pour avoir utilisé le coupon cadeau abandonné par un client. A partir de ce fait divers sordide, il évoque la déshumanisation propre à cet univers professionnel d’une dureté incroyable. Face à ce climat de crise qui autorise toutes les dérives en matière d’exploitation de l’homme par l’homme, la résistance s’organise, en mode Robin des Bois. Porté par une brochette d’acteurs excellents dont une Corinne Masiero qui prouve ici qu’elle a largement les épaules pour endosser les grands rôles du répertoire, le récit de cette aventure solidaire se veut une critique acerbe de notre société.

discount2

On regrette juste que le scénario à un moment se perde pour ne déboucher sur aucune conclusion valide ni plausible. Si ce type de chute convient à l’ambiance des comédies sociales britanniques, ici nous demeurons sur notre faim, dans un flou volontaire qui évacue la délicate question du geste délinquant alors qu’il faudrait l’aborder de front, pour demander qui ici est finalement le voleur. Qu’à cela ne tienne, pour un premier long-métrage, Louis-Julien Petit a le mérite de traiter d’un sujet délicat, avec beaucoup de tact, d’intelligence et de finesse, sans tomber dans la grosse farce ni dans le mélodrame. Son regard pertinent et humain surfe sur l’air du temps : aujourd’hui les grandes surfaces n’ont plus le droit de gâcher la nourriture. Fini donc le gâchis alimentaire. Espérons que l’avenir mettra également un terme aux conditions de travail iniques dénoncées dans cette fiction.

discount 3

Et plus si affinités

http://www.wildbunch-distribution.com/fichefilm.php?id=190

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.