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Poésie / Je me souviens : Louis Aragon au TNP de Lyon

Je me souviens de Louis Aragon … comme un devoir de mémoire. Au TNP, d’après Le roman inachevé, Damien Gouy, accompagné de Benjamin Kérautret,  rend hommage à ce panthéon de notre littérature du XXème siècle : la poésie revit, les vers prennent corps, la musique accompagne, Aragon renait.

Une déclamation est bien loin d’une pièce ordinaire, ici pas de décors, pas d’interactions entre les personnages. L’acteur est là pour le texte et par le texte. C’est à la poésie qu’on rend hommage, celle-ci s’incarne. Elle qui reflète notre âme devient accessible et vivante. Roland Barthes a écrit qu’aujourd’hui c’est moins l’érotisme qui fait scandale que l’expression des sentiments. Qui mieux qu’Aragon pour mettre en lumière la beauté de nos passions ? Avec ce roman inachevé les sentiments sont exaltés. La vie est louée.

On connaît Aragon par son surréalisme et son réalisme, son combat communiste, ses études de médecine, son aisance poétique, son amour inconditionnel pour Elsa. On classe sans peine l’incipit de Bérénice dans les plus grands textes de la littérature et Les yeux d’Elsa parmi les plus beaux recueils de poèmes. Alors Aragon est-il un génie ? C’est bien possible. Cependant il n’appartient pas à ces poètes maudits, ces élus. Il se rapproche de Victor Hugo par de nombreux points tels la combativité, l’érudition ou l’analyse du genre humain. Aragon s’illustre par un combat passionné qui finit tragiquement. Aragon c’est cet homme qui nous impressionne toujours alors qu’on ne pourrait plus adhérer à sa lutte. Aragon c’est la combativité et la déception, Aragon c’est l’engagement.

Quand on dit que la poésie n’est pas accessible, on se trompe, soyez en sûrs. Quoi de plus actuel et contemporain que le conflit, le début d’une relation amoureuse, le temps des études, la nostalgie du temps passé, la crainte de la mort, la peur de l’échec ? …. Tous ces termes sont abordés dans Je me souviens ; ils sont intemporels. Donc il faut bien se l’avouer, la poésie n’est pas dépassée mais indépassable. Elle n’est pas désuète mais éternelle. Et au TNP elle devient même incarnée.

Dans Le Roman inachevé l’auteur nous apparait comme contradictoire. En mettant sa vie en poème, il construit une autobiographie qui nous évoque un homme à la fois confiant et faible. Loin d’une poésie lyrique dont on ne saisit pas toujours la portée, ici les problématiques sont concrètes. On assiste à l’absurdité de la guerre, la rencontre avec Elsa, la désillusion du communisme. En ce sens « Strophe pour se souvenir » réunit le pessimisme et l’optimisme, le devoir de mémoire et le bilan passé. Dans ce poème en mémoire des héros de guerre, Aragon chante une véritable sanctification de la vie. « Vingt-trois amoureux de vivre à en mourir » résonne dans la salle du TNP. On est ému, Aragon laisse une trace de ces soldats et Damien Gouy rend hommage à ce même Aragon. La boucle est bouclée, l’émotion est à son paroxysme.

Ainsi le dénuement de la mise en scène se retrouve au service du vers et de l’expression des sentiments. Rarement un texte a eu autant d’emprise sur le spectateur. L’expression du sentiment chez Aragon est une histoire d’engagement là aussi. On se surprend à rêver d’une histoire d’amour à la « Elsa et Louis ». Je me souviens au TNP rend la littérature belle. Ce soir la poésie est reine.

 

Et plus si affinités

http://www.tnp-villeurbanne.com/manifestation/je-me-souviens

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