Roman – Avant les diamant : « on n’a pas besoin des Russes pour se saborder, on le fait très bien entre nous. »

Ah voilà un polar qu’il est bon ! Très bon, excellent même ! Et original ! Un cocktail détonnant et extralucide qui mêle roman noir à l’américaine et polar à la française. Car si l’auteur d’Avant les diamants évoque la Los Angeles des 50’s, c’est dans la langue de Molière, Simenon et Jonquet … et cela fait une savoureuse différence.

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L’illusion d’une Amérique juste

Hollywood donc, en 1953. Sous les paillettes des grosses productions, la Mecque du cinéma est corrompue, violente et sans pitié. Les actrices y marchandent leurs charmes pour un peu de gloire, la mafia y injecte de l’argent à blanchir, les cinéastes y vivent les pires turpitudes. Babylone et Sodome, à côté, font figure de jardins d’enfants. On s’y drogue, on y baise, on y torture, on y assassine. Et surtout, on y manipule les consciences.

En pleine Guerre Froide, les champignons atomiques s’élèvent dans les cieux californiens pour conjurer la menace communiste. Et sur les écrans du pays, les films entretiennent l’illusion d’une Amérique puissante et juste, bénie des dieux. Et prête à mettre le monde à genoux en exportant son mode de vie par caméra interposée. Pour cela, il faut transformer l’industrie cinématographique vieillissante, y infiltrer une nouvelle génération de producteurs sans scrupule.

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Le néant de la suffisance

Et tant pis s’ils sont psychopathe, vu que toute la ville cultive ce trait de personnalité. Un de plus, un de moins, il se fondra dans le décor. Voici la mission que deux militaires doivent accomplir. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’il vont enfanter un monstre, avoir à affronter les ligues de vertu, la mafia, à gérer la folie de cette cité maléfique. Autour d’eux, des starlettes, des gangsters, des flics … et puis des gloires, comme Errol Flynn, Clark Gable … ou Hedy Lamarr.

Qui savent leurs heures de gloire comptées, qui voient la Hollywood qu’ils ont connue doucement s’écrouler pour renaître de ses cendres … sans eux. Elle les aura dévorer avant. Ce que donne à voir Dominique Maisons dans ce récit baroque et glauque, absolument prenant, prophétique. Car entre les lignes, c’est l’Amérique d’aujourd’hui qui se dessine, ce qu’elle est devenue, comment elle s’est émiettée dans le néant de la suffisance.

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Climax apocalyptique

Le sujet était glissant ; L.A. Confidential demeure la chasse gardée d’un certain James Ellroy. Marcher sur les plate-bandes du maître relevait du défi un brin goguenard. Et aurait pu tourner au fiasco. Sauf que Maisons aborde la question à la française, avec une verve qui rappelle à certains moments la logique détachée d’un Oppel, à d’autres la brutalité crue de Jonquet. Le regard est incisif, nourri notamment par les textes de Kenneth Anger.

L’ensemble est saisissant, se lit d’une traite ou presque jusqu’à un climax apocalyptique qui tient de la tragédie shakespearienne, et en dit long sur la capacité d’auto-destruction d’une société vouée uniquement au profit. Une sorte de fight final en mode western qui vous laisse sur le cul par sa sauvagerie cathartique. Bref Avant les diamants est un très grand polar, vraiment. Vous le quitterez à regret … et pourriez même en faire un livre de chevet ?

Et plus si affinités
http://www.editionsdelamartiniere.fr/ouvrage/avant-les-diamants/9782732495125