Love letters / Culte – Ian Soliane : 7 jours dans la vie d’une masochiste ?

Oui, cela faisait un certain temps que nous n’avions plus alimenté la rubrique. Une période de silence fructueuse pour élargir cette thématique à l’origine consacrée aux techniques de drague en milieu littéraire hautement séducteur aux vastes frontières de l’érotisme en tout genre. Un « kinky corner » : la chose manquait sur The ARTchemists, ignorant du même coup la culture sexuelle si présente dans l’art et nos pratiques coquines au quotidien.

Ce mois de septembre et la foisonnante rentrée qu’il porte nous offre l’occasion de remédier au manque en vous proposant une plongée dans cet univers aux mille sensations. Frissonnements garantis ? Avec Culte, c’est évident. Car pour entamer cette lente pénétration, nous ne pouvions choisir eaux plus troublantes : ce court roman pourrait vous emmener au 7eme ciel ? Peut-être, suivant vos appétences, mais en passant un temps, par la case enfer, stade anal et bestialité. Car le texte de Ian Solian nous conte avec une prose cinglante et froide comme un coup de cravache … un stage de soumission.

Amoureuse absolue abandonnée aux désirs de son amant dominateur, la narratrice, quadragénaire mère de trois enfants, nous explique les 7 jours qu’elle passe en camp de dressage où elle apprend les codes de l’esclavage volontaire. Tout commence lorsque les maîtres remettent laisse en main leurs dominés aux dresseurs/formateurs. Tout se termine lorsque les stagiaires transformés retournent à leurs propriétaires venus les chercher en cérémonie. Entre les deux, 168 heures de brimades, de souffrances, de manque, de sommeil, d’humiliations, de tortures, de violence sexuelle … Consenties, voulues, réclamées. Car à ce stage, certains dominés « indépendants » s’y sont même inscrits seuls, avec listes de désirs à l’appui.

La volonté tenace, inflexible des soumis : c’est cela qui laisse confondu quand on parcourt le récit de Menti (Clémentine au civil), détaillant les sévices corporels subis avec un mélange de détachement et de délice, et ces désobéissances constantes aux ordres des maîtres pour aggraver les punitions, chaque jour encadré par le programme des savoir faire à acquérir et conclu par le nombre des infractions et leurs pénalités. Une régularité d’horloge malgré l’épuisement, la faim, les blessures, … Et ce rappel constant que c’est un jeu, dont les maîtres doivent dicter, imposer et limiter les dérives pour éviter les accidents, là où les soumis, envahis par leur désir, sont incapables de se stopper.

C’est là la valeur implacable de ce livre : en s’abandonnant, en s’effaçant, en acceptant de devenir esclave, Menti se trouve et s’épanouit. Une continuité d’Histoire d’O ? Pas si simple ni évident. Cette tranquille certitude devenue passage à l’acte est une affirmation de soi, renforcée par cette écriture asexuée, avortée des grivoiseries/minauderies/minauderies habituelles du genre érotico froufroutant. Ce parcours initiatique allant jusqu’à la zoophilie et à la prostitution est apprécié dans ses moindres secondes, avec fierté, insoutenable pour la plupart, assumée par l’héroïne et ses camarades de formation. Une exploration qui rappelle dans un autre registre le documentaire dédié à Bob Flanaghan : Documentaire : SICK: The Life & Death of Bob Flanagan, Supermasochist

Réaliste et génital, d’une précision médicale, Culte aux parfums organiques n’est pas à mettre entre toutes les mains. Si vous faites ici vos premiers pas dans cet univers sulfureux du plaisir, ne commencez pas par la prose de Ian Souliane. Elle est brûlante comme un fer rouge. Et en plus vous pourriez vous y trouver.

 

Et plus si affinités

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