Copycat : un polar sinistre et particulièrement efficace

affiche du film Copycat

Allez, un petit film de serial killer pour passer les longues nuits d’hiver (et d’été, ça vaut pour toutes les saisons), ça ne se refuse pas ! Tout spécialement l’excellent Copycat qui demeure une référence en la matière, malgré un accueil mitigé de la part du public, on se demande bien pourquoi, mais bon tous les goûts sont dans la nature.

Un scénario aussi surprenant qu’alambiqué

Copycat donc, traduit dans sa version québécoise par l’expression certes moins glamour mais néanmoins très juste « l’imitateur ». Et c’est de cela qu’il s’agit : au mitan des années 90, un tueur en série sévit dans les rues de San Francisco, s’attaquant aux jeunes donzelles comme aux messieurs. Sa spécificité : imiter les grands serial killers de l’histoire du crime made in USA, jusque dans les moindres détails de scénographies macabres d’une exactitude écœurante. C’est bien simple : c’est à s’y méprendre.

Un brin déroutés, les enquêteurs MJ Monahan et Ruben Goetz demandent l’aide de la psychologue Helen Hudson, criminologue et profileuse de génie, retirée des affaires depuis des années après avoir été agressée par un psychopathe qui a bien failli avoir sa peau. Complètement traumatisée, rongée de troubles anxieux, d’attaques de panique et d’agoraphobie, la dame, qui vit retranchée dans son appartement, voit d’un œil peu amène ces deux détectives débouler chez elle avec leurs photos et leurs questions. Aucune envie de revivre ce cauchemar qui l’a détruite psychiquement.

Duo de choc au féminin

Mais, chassez le naturel, il revient au galop, comme dit si bien le proverbe. Enfermée dans sa tour d’ivoire, la belle Helen reprend du service en dépit de ses angoisses, avec d’autant plus de zèle qu’elle est mêlée malgré elle à ces crimes, dont l’auteur la contacte par différents moyens plus ou moins sympathiques. Mais pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi cet intérêt ? C’est le fil directeur d’un scénario aussi surprenant qu’alambiqué, que Jon Amiel met en scène avec une énergie singulière et beaucoup de rigueur.

Devant la caméra, Holly Hunter campe une policière intelligente et déterminée sous ses airs de petite bourgeoise un peu trop discrète ; à ses côtés pour traquer un assassin aussi agile et glissant qu’une anguille, Sigourney Weaver, si fragile dans son rôle de psychologue surdouée soudainement obligée d’affronter ses fantômes pour survivre. Que ce duo de choc se décline au féminin n’est pas inintéressant, au contraire. Un juste retour des choses, une réponse cinglante face au machisme d’un assassin aux frustrations pathétiques et à l’aveuglement d’une société un peu trop complaisante ?

Une leçon de profiling in situ

Quoi qu’il en soit, Copycat propose une leçon de profiling in situ, avec un nombre de références impressionnantes et très justes à ce qu’il faut bien appeler une véritable culture du crime. Si le suspense est palpable, il faut souligner la prestation de William McNamara, aussi abominable qu’invisible et insaisissable : une ombre qui se glisse partout, narguant ceux qui le traquent avec une délectation perverse qui n’a d’égal que son insignifiance. De ce point de vue, le film est aussi très intéressant qui met en exergue le sentiment de toute puissance de ces assassins.

Une toute puissance qui contredit leur absence de relief. Minable, précise Helen, à raison, qui connaît parfaitement leur mode de pensée, leur logique, ce qui les attire, les fait vibrer, cette vie intérieure atroce que personne ne peut deviner hormis la victime prise au piège. A ce titre, on soulignera la présence dans la bande originale de la chanson de The Police, « Murder By Numbers », dont les paroles expriment le ressenti d’un serial killer en chasse, déroulant sa méthodologie du crime avec le détachement d’un fauve à l’affût. Sinistre et particulièrement efficace.