Fame : être artiste est une chose, le devenir en est une autre

Un de plus qui quitte le plancher des vaches pour rejoindre le paradis des cinéastes. Alan Parker vient de tirer sa révérence, laissant derrière lui une filmo particulièrement dense et coup de poing : Midnight Express, Pink Floyd : The Wall, Angel Heart, Birdy, Mississipi Burning et j’en passe.

A chaque visionnage, une gifle. Esthétique, éthique. Cela vaut pour Fame, tourné en 1980, mais qui restera dans les esprits comme une approche inédite et magistrale de la comédie musicale. Fame donc, suit le parcours de huit étudiants intégrés dans la très new-yorkaise Fiorello H. LaGuardia High School of Music & Art and Performing Arts. Très new-yorkaise, très publique, très gratuite, ce qui est rarissime aux USA.

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Objectif : repérage de talents dans les domaines de la musique, de la danse, du théâtre, des arts plastiques, talents ensuite formés sur plusieurs années d’un training particulièrement sévère et efficace. Pour info, Al Pacino, Jennifer Aniston ou Adrien Brody y ont fait leurs classes, c’est dire l’excellence de l’enseignement, son aura auprès des professionnels. Mais ce que les plaquettes de présentation ne disent pas, ce sont les obstacles rencontrés par les élèves.

Or ça, le film de Parker le met très bien en évidence. Vouloir être artiste est une chose, le devenir en est une autre. Le cheminement, semé d’embûches, est souvent miné à la base par un milieu familial délétère, des origines culturelles difficiles à assumer, un manque d’éducation. Chacun arrive avec un bagage lourd à porter, des blocages, des peurs, des lacunes qu’il va falloir identifier et dompter pour construire son art sur un socle solide. Et ne pas perdre la tête en cours de route, aveuglé par un succès trop rapide, des plaisirs trop faciles.

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Rigueur, discipline, régularité, humilité … Parker donne à voir plusieurs cas de figure qui illustrent les aléas menant à un succès dont on saisit qu’il sera toujours fragile. Il le fait au travers d’un scénario pointu et juste, avec des images particulièrement saisissantes, qui captent la beauté de la créativité en émergence chez ces adolescents en pleine mutation, cernés par une société d’une dureté insupportable, enfermés dans ces locaux vétustes où l’art peuple tout.

Et comme un résumé de cet ensemble : la séquence où le père d’un des étudiants, taxi de profession, vient diffuser les compos de son fils au pied de l’école, la déferlante de gamins envahissant les rues pour danser au rythme de cette musique absolument inoubliable, créant un gigantesque embouteillage dans Manhattan. Un moment d’anthologie, d’une puissance incroyable, qui symbolise la puissance créatrice échevelée, une sorte de sacre du Printemps disco, irrépressible et novateur.

Voilà pourquoi il importe de revoir ce film, surtout en ce moment. Le film, j’insiste, pas son excroissance télévisuelle, ni sa version scénique. Le film, car Parker n’avait pas son pareil pour saisir la détresse d’un regard, l’angoisse qui monte, mais aussi l’étincelle de fierté d’un gamin qui réussit. Il savait également resituer l’évolution d’un individu dans un climat social défini par son hostilité et sa violence. De fait, en cette période de COVID où l’ensemble de la société est durement impactée, où le milieu de l’art est sacrifié, regarder Fame s’avère indispensable, pour reprendre espoir.

Et plus si affinités

https://www.canalplus.com/cinema/fame/h/435038_40099