Xenia : « étrangers partout, partout chez nous »

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Non, dans le cas du film de Panos H. Koutras, Xenia ne désigne pas la célèbre guerrière mais une chaîne d’hôtels de luxe grecs qui connurent la gloire dans les années 60. C’est dans l’un de ces établissements laissés à l’abandon que Dany et Ody trouvent refuge. Quelques instants de répits et de complicité dans une cavale qui les conduit sur les traces du père qui les a abandonnés dans leur enfance.

Un père grec dont ils ne savent rien, une mère albanaise, ancienne chanteuse, alcoolique et perdue dont le décès précipite les retrouvailles des deux frères, et leur entrée dans l’âge adulte, au son des succès de Patty Pavro, qu’ils adulent. Traversant une Grèce en crise qui se décompose dans le fascisme, le racisme, l’homophobie et la violence, ils font l’expérience de  l’intolérance et de la conquête de la dignité.

Avec ce film, Koutras signe un récit touchant et vrai, drôle et dramatique, balançant entre réalisme, rêve d’enfant, et initiation. Les deus héros, interprétés avec fougue, nuance et tendresse par Kostas Nikouli et Nikos Gelia, tous deux d’origine albanaise, portent cette fêlure multiple de l’abandon et de l’identité multiple : entre deux cultures, l’un semble accepter quand l’autre se rebelle. Absente la mère défunte veille pourtant, fantôme bienveillant qui semble avoir tracé la route vers la vérité, la résilience et la liberté.

Pour y arriver il faudra souffrir, rire, faire souffrir, s’imposer, dire non, dire oui, tuer l’enfance et l’innocence en soi. Et affronter l’Innommable, ce père idéalisé et haï, au terme d’une odyssée qui se charge de la grandeur épique des chants antiques, tout en suivant le lapin blanc d’Alice au pays des Merveilles. « Etrangers partout, partout chez nous » : un constat qui va ouvrir le destin des deux frères, les abolir du poids de la honte, les réconcilier avec l’existence. Eux qui rêvent de devenir célèbres en chantant à la Star Academy héllénique, ils vont comprendre que la réussite est ailleurs.

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La leçon est riche d’enseignement, lourde de critique pour ce pays frappé de plein fouet par la crise et dont le repli identitaire est un véritable suicide. Pour Koutras, Xenia est un adieu à la Grèce qu’il a connue, ainsi qu’il l’explique dans le making off qui complète le film sur sa version DVD. C’est très probablement son avenir qui s’y dessine, celui d’un échange, d’une lutte, d’un refus des évidences, d’un avenir pris en main. Il convient de préciser que le tournage a vu la fermeture de la télévision nationale grecque et le film a failli ne pas être terminé, faute de subventions.

Et pourtant … Xenia fut projeté à Cannes dans la sélection officielle « Un certain regard » au même titre que L’Escale. Documentaire et fiction se rejoignent au moment où les réalisateurs se retrouvent devant le centre d’immigration assailli de demandeurs d’asile. Ils se recoupent sur le message qu’ils expriment : ne pas reculer, aller de l’avant, abandonner le passé pour ne conserver que ses convictions et sa fierté. Etre maître de son existence.

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