Validé : le rap est un art de combat

Et une activité à risques, aussi bien pour les musicos que pour leur entourage. Pour preuve, l’excellente série Validé qui a récemment déboulé dans le Landerneau sériel hexagonal comme une petite bombe troublante et assez sombre mais nécessaire pour faire tomber quelques œillères auprès d’un public de fans enamourés et aveuglés par les paillettes des success stories.

Aux commandes du show, Franck Gastambide et son CV long comme le bras, Kaïra Shopping en tête … ainsi que sa connaissance pointue des chiens de combat. Or, c’est un peu de cela qu’il s’agit, puisque les dix épisodes de Validé nous content l’ascension d’un jeune rappeur vers les sommets des charts et de la gloire. Et là, il faut bien reconnaître que ça tient du combat de clébards enragés, du safari extrême en zone de guerre et de la montagne russe émotionnelle. Avec bien évidemment la touche « Narcos » qui s’impose puisque le petit loup, obligé dés l’adolescence de nourrir sa famille lâchement abandonnée par un père en mode bougeotte, a choisi initialement la seule solution possible en quartier, le deal de came.

Pas du genre à aller taffer chez MacDo qui de toute façon ne l’aurait pas engagé, le minot. Direct donc guetteur avant de devenir bicraveur. Or de ce type d’activités, on se dégage difficilement, Clément aka Apash va le découvrir. Doté d’un véritable talent d’auteur et d’interprète, il perce sur un coup de tête … et va gravement ramer pour marquer le point. Car le monde de l’industrie musicale n’est guère plus tendre que celui des truands. A peine introduit dans le milieu, le petit prodige se fait un ennemi farouche du rappeur qu’il adule depuis son enfance. Rappeur qui n’a pas du tout l’intention de se faire damer le pion par ce gamin dont il a perçu les capacités.

A partir de là, la vie d’Apash, peu rose jusqu’alors, va largement se compliquer. Comme tous les Candides depuis Voltaire, il va perdre ses illusions, découvrir que tout se paye chèrement. Et nous avec lui, qui pénétrons le rap business pour rapidement en saisir les rouages pour le moins véreux. Main mise du grand banditisme sur la prod de jeunes musiciens, poids des règles de la cité qui veut en croquer, labels qui jouent les exploiteurs à tour de bras, pas simple de s’en sortir, voire même impossible. Pour chaque avancée, une merde qui fait reculer de trois pas. A ce rythme, Apash et ses deux potes vont devoir redoubler d’efforts pour briser le plafond de verre et s’imposer parmi les grands.

Grands que nous croisons ici à chaque nouvelle séquence : Lacrim, Soprano, Kool Shen, Ninho et consort pour les musiciens, mais également les animateurs radio spécialisés Fred Musa ou Pascal Cefran, Cyrille Hanouna, Camille Lellouche ou Salvatore Espositio, échappé de Gomorra pour un rapide caméo par appel vidéo interposé. Un casting de folie qui a le mérite de mettre à plat la constellation rap à la française et ses rouages. Car la scène rap compte ses légendes, mais aussi ses éléments moteurs : médias et réseaux sociaux, en quête de scoop et de scandale, aussi ingérables les uns que les autres, mais absolument incontournables, peu importe le bad buzz et les fake news dont ils se goinfrent.

Là aussi, la leçon est sévère. Devenu mainstream, le rap exige de nouvelles têtes qui se succèdent à la vitesse du vent dans le bureau des producteurs, pour disparaître assez rapidement. Rappeurs kleenex, serait-on tenté de dire, qui alimentent une industrie affamée où les pontes ne sont pas forcément heureux de valider des jeunots qui leur boufferont leur place. Et ça, Gastambide et sa team le mettent particulièrement en évidence, dans ce business où tous s’engouffrent, marques, festivals, émissions TV. De même ce déterminisme social qui colle à la peau, dont on a toutes les peines du monde à se débarrasser, même quand on est devenu célèbre.

Bref : si vous pensiez aborder Validé comme une success story en mode conte de fées moderne, ou film d’ados, changez direct de braquet. Subtilement, la narration, boostée par le format court de 30 minutes par épisodes se détache de ces modèles pour imposer un style bien plus sombre, faire toucher du doigt la tragédie quotidienne de milliers de gamins éblouis par une réussite trompeuse, un univers où la testostérone et le coup de tête priment, le défi permanent, le battle, pas que sur une scène d’impro ou un dancefloor, à coup de couteau s’il le faut. Comment d’Apash sommeillent partout dans nos quartiers, sans aucune chance d’en sortir ? Jusqu’à la dernière seconde, on va porter ce môme absolument attachant ainsi que ses potes, comme s’ils étaient nos propres enfants. Mais là aussi, Gastambide ne nous fera pas de cadeau. Le rap n’en fait de toute façon pas.

Et plus si affinités

https://www.canalplus.com/series/valide/h/13530538_50001