Une Si jolie petite fille : on n’est pas un enfant meurtrier sans raison …

Mary Bell, 11 ans, visage de chat, sourire éclatant … et meurtrière. Fin des années 60, Newcastle on Tyne, cette gamine au charmant minois, précoce, sûre d’elle, laisse derrière elle, et à quelques semaines d’écart, les corps suppliciés de deux petits garçons. Confondue, arrêtée, la gamine va défrayer la chronique stupéfiée qu’une enfant ait pu en tuer d’autres. Jugée avec un statut d’adulte, traitée comme telle, Mary va croupir dans différentes prisons avant de recouvrer la liberté des décennies plus tard.

Particulièrement touchée par ce fait divers, la journaliste Gitta Sereny, qui avait déjà consacré un ouvrage à l’enquête elle-même, revient sur le sujet sous un jour nouveau : Une Si jolie petite fille interroge les raisons de ce geste insensé, un aspect que la justice d’alors laissa complètement dans l’ombre. Et pourtant … confrontée à une violence maternelle impensable, emportée par les failles psychologiques de cette génitrice complètement désaxée, Mary avait depuis un certain temps émis des signes de la catastrophe à venir. Personne pourtant n’en saisit la gravité, ni la famille, ni les services sociaux … personne.

Pire : une fois condamnée et incarcérée, cette gosse totalement perdue, qui a urgemment besoin d’un cadre, d’un suivi psychologique, a été contingentée dans un milieu carcéral d’une rare brutalité, selon une logique judiciaire punitive totalement aberrante. Gitta Sereny revient sur ce processus via les souvenirs de Mary, qu’elle retrouve des années plus tard et qui accepte de témoigner, après bien des réticences. Épouse, mère, Mary, poursuivie par ses démons, enferrée dans ce douloureux passé, évoque ce qu’elle a vécu, subi, traumatismes d’enfance, choc de la prison …

Elle ne s’apitoie pas, ne demande pas le pardon : elle a conscience de l’horreur commise, que jamais elle ne pourra effacer. Mais ses révélations, déroulées sur le mode d’une psychanalyse, apportent un éclairage nécessaire, qui dénonce la bêtise de l’appareil de justice, répressif et inadapté. Tandis que le lecteur pénètre au cœur du drame familial, il comprend ce qui a généré cette folie meurtrière, et réalise que tout est à repenser dans l’approche des juges, des avocats, des éducateurs … C’est ce besoin de modernisation, toujours d’actualité tandis que la délinquance juvénile explose, que Sereny pointe du doigt, avec subtilité et humanité.

Et plus si affinités

http://www.lecerclepoints.com/livre-si-jolie-petite-fille-gitta-sereny-9782757849033.htm

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