Trouvaille : Rock is dead … et si heureux de l’être !

Le problème avec le rock, c’est que ce qui doit être de base une attitude naturelle peut vite se transformer en posture outrée, grotesque. Eh oui, n’est pas rock qui veut, il faut un tempérament, une déjante intrinsèque, cette petite dent du rouage qui a pété depuis longtemps et qui fait inexplicablement mais avec conviction déconner la mécanique en continu. Mais ça, tout le monde ne l’a pas ; pire, certains parmi ceux qui ont reçu cette maudite bénédiction à la naissance, la dissimulent soigneusement sous les dehors de la raison et de la logistique. Un comble ! Car, peu importe les promesses de la promo RP, le chic des pochettes, la tournure des photos, le rock ne s’accommode pas de la dissonance cognitive. Or la dissonance cognitive, les gars de Rock is dead s’en cognent comme de leur première chaussette.

Fidèles aux principes énoncés par Ian F. Svenonius dans cette bible incontournable qu’est Stratégies occultes pour monter un groupe de rock – et si possible foirer son affaire avec panache, le combo originaire de Beauvais, court-circuitant les patronymes des grandes stars du genre et des héros de Verneuil, donne dans le « Furious Rock’n’roll & Zombie Attack » pour disrupter l’apocalypse qui nous pend au nez, et détruire les morts-vivants du futur à coup de guitare Squier – Jaguar (on a passé une heure à scruter les photos pour identifier le modèle, merci au groupe de confirmer) et de Hagstrom Vicking bass (preuve que sous leur côté barré, nos picards aiment les instruments qui ont de la gueule et du beau son, c’est pas donné à tout le monde). In black and red, ils savent déclencher les incendies, nos beauvaisiens emmenés par un chanteur charismatique digne d’un Lux Interior fringué comme un frontman ska, à l’aise dans la folie douce, sympa … au début des concerts, parce qu’à un moment la bête, bien chauffée, se lâche en mode taureau speedé dans l’arène – bye bye torero !

Et ça donne une version particulièrement pimentée de « Analysis tools for the study of human brain structure and function » plus quelques kilos en moins après un pogo furieux – pourquoi aller en salle de sport, on se le demande. Surtout que ce joyeux bazar, engendré par la non fin du monde de 2012, conjure le mauvais sort planétaire avec deux albums à son actif, Zombie rock Show et One Way Ticket (clin d’oeil aux Dead Kennedys ??? En tout cas, pour acheter les albums ou les écouter, oublie, pas de lien, faut contacter les gars direct après avoir écumé leur chaîne Youtube, preuve qu’on est face à du rocker pur et dur, en mode Ramones avant la déchéance, rien à battre du succès et du business) plus une sarabande de lives, qui témoigne d’un ancrage régional assidu … et d’une forme évidente de reconnaissance, face à un diamant pas si brut que ça, dixit les séquences d’enregistrement qui révèlent de véritables exigences artistiques sous le vernis de la dinguerie.

Récapitulons : dans les rues de Beauvais se niche donc un petit bijou du rock français qui surfe joyeusement entre punk, garage et hard, fonde son évolution sur le live pour provoquer la rencontre avec son public, et ironise à tout va sur ce monde voué à la débilité moderne, avec des lyrics surréalistes qui auraient enthousiasmé Lester Bang. Fidèles à leur nature, ces gars évoluent en indé, et leur déjante assumée se double de cet ingrédient rarissime qui détermine le talent : l’équilibre entre l’exigence presque psychotique du musicien et le fatalisme qui laisse couler sur les épaules du rocker la colère des dieux parce que le rocker, il n’en a rien à foutre, après nous le déluge : Rock is dead et si heureux de l’être.

Et plus si affinités

http://www.rockisdeadmusic.com

https://www.youtube.com/user/Rockisdeadmusic/featured

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.