Tokyo Vice : Sayonara, yakuza !

Être américain et journaliste au Pays du Soleil Levant : un challenge que Jake Adelstein a relevé des années durant, devenant reporter pour le prestigieux quotidien Yomiuri Shinbun. A la rubrique « Criminalité ». Tant qu’à faire. Résultat ? Une plongée dans les quartiers les plus badants de la capitale nippone, des enquêtes à n’en plus finir sur les yakuza, et au finish ce témoignage haletant intitulé à raison Tokyo Vice.

Attention, amateurs de kawaï, vous risquez fort de ne pas vous en remettre. En nous racontant son recrutement puis son initiation de journaliste, Adelstein nous révèle la face cachée d’une société qu’on imagine à tort policée et ultra-traditionnelle. D’anecdote en récit, les masques tombent, révélant les dessous du grand-banditisme tokyoïte, entre règlements de compte, pots de vin, trafic humain et pédopornographie, avec pour faire bonne mesure, un tueur en série adepte de clébards.

Et au milieu de tout ça, un Adelstein fou amoureux de ce pays, de cette culture, de cette langue, qui multiplie les références, les nuances, les explications, pour décrypter les rapports humains qui s’orchestrent dans cet univers où flics et gangsters se côtoient et parfois se confondent. Ainsi on tombe tête la première dans les rouages pour le moins complexe du Yomiuri, découvrant par ailleurs les singularités de l’information telle qu’on la conçoit là-bas.

Idem pour l’organigramme policier, pour le moins labyrinthique et dysfonctionnel. Difficile d’être un bon enquêteur quand on est freiné par les préséances et la corruption. Du coup Jake-San s’en remet parfois aux yakuza pour obtenir des tuyaux en échange d’autres infos. Un équilibre délicat, où la politesse et le respect sont essentiels, pour demeurer en vie. Journaliste, spécialiste de l’investigation, diplomate, Adelstein dépeint par le menu les ruses qu’il emploie au quotidien pour tisser le réseau qui lui ramène des scoops.

Et lui vaut parfois de gros coups de pression. Au finish, il se fera dévoré, passionné qu’il est par son job, sa quête de vérité, sinon de justice, intégré, immergé, enraciné dans ce terreau culturel qu’il ne veut quitter sous aucun prétexte, même si ça vie est menacée. « Le Solei-Levant », « Le Zénith », « Le Crépuscule « : en trois chapitres épiques, il dissèque les bas-fonds de sa ville d’adoption, les subtilités de ce savoir-vivre qu’il respire pour mieux nous contaminer, avec son écriture punshy, ultra-nerveuse et directe.

A lire donc, pour prendre une leçon de culture journalistique venue d’Ailleurs, tomber amoureux d’un Japon méconnu et terrifiant, qui bazarde l’image d’Epinal pour planter un paysage torride, anxiogène et addictif.

Et plus si affinités :

http://www.lecerclepoints.com/livre-tokyo-vice-jake-adelstein-9782757860816.htm

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