Théâtre / Ring : quand Leonore Confino annule la guerre des sexes …

Ring : anneau, couronne, piste, groupe … en anglais le terme revêt plusieurs significations toutes liées à l’idée de cercle. La forme sans fin, l’ouroboros, la répétition constante, l’union complète, la dissolution du début dans la fin, la fin qui engendre le commencement.

L’histoire de nos vies ? C’est un peu le chemin circulaire que trace la pièce de Leonore Confino, sur lequel elle place un couple, au nom interchangeable et transgenre de Camille. Une manière de confondre les incompréhensions, les distorsions dans un discours que finalement chacun/chacune pourrait prendre à son compte, entre amertumes, déceptions, positionnements ?

Une façon de nous dire que depuis l’aube des temps et le Paradis, Adam et Eve pensent ne pas être sur la même longueur d’onde alors qu’ils peinent simplement à être synchrones entre épanouissement personnel et résonances mutuelles. Se faire écho pour être ensemble : pas évident et bien sûr la vie se transforme en ring, la relation en rapport de force, le quotidien en affrontement.

Rencontre, déclaration, sexe, amour, séduction, arrivée de l’enfant, adultère, séparation, reconstruction, … comment ne pas se perdre dans cette tourmente ? Et au terme du parcours, les regrets devant une tombe fraîchement creusée, alors que le cercueil de son autre moi-même descend lentement dans les limbes. Quand il est trop tard pour simplement vivre l’instant présent.

Le prix à payer pour avoir fui l’Eden et sa somnolente éternité, la mort, ultime séparation, qui règle définitivement les différents et les incompréhensions. En encadrant l’ensemble de ces saynètes d’affrontements quotidiens par la fuite volontaire de l’ennuyeux Paradis et la scène du cimetière, l’auteure clôt le cercle vicieux de nos relations tout en prolongeant la réflexion entamée dans nombre d’œuvres auparavant.

Les farces de Molière, les amants shakespeariens, Marivaux et son jeu de l’amour et du hasard, Feydeau et ses vaudevilles, Guitry si mordant sur la vacuité des relations amoureuses, même la scène d’affrontement posé par Pirandello comme point d’orgue de Ce soir on improvise ou le beckettien monologue de Winnie dans Oh les Beaux jours nous viennent à l’esprit tandis que Audrey Dana et Sami Bouadjila passent d’un tableau à un autre avec une facilité déconcertante de caméléons affectifs.

Prestations hors pair, rythmées en diable par la mise en scène de Catherine Schaub, qui alternent drame, comédie, farce, toutes les tonalités du genre dramatique en les superposant dans une écriture proche du dialogue « Brandt Rhapsodie »  de Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal ou des répliques du film de Rémi Bezançon Le Premier Jour du reste de ta vie : Ring est un jeu de rubicube complexe et haletant, où le corporel vient en force relayer le verbal, sans un décor blanc animé de lumières changeantes, de projections déformantes.

L’infini des possibles pour une situation à géométrie variable qui ramène toujours aux mêmes équations : Sommes-nous faits pour nous entendre ? Ne vas-tu pas me dévorer ? Comment puis-je respirer sans te perdre ? Dois-je te perdre pour vivre ? Et qui propose de les dépasser en alternant de rares échanges constructifs, où les êtres se trouvent naturellement, fonctionnent, interagissent parce que les individualités se complètent, se correspondent, s’apprécient, se soutiennent et se stimulent.

En dehors de la rupture homme/femme – Mars/Vénus. Et ainsi, par moment la pièce de sortir du schéma classique de la guerre des sexes pour ébaucher d’autres bonheurs possibles avant la mort …

 

Et plus si affinités

http://petitsaintmartin.com/spectacle/piece/ring