Théâtre / Fahrenheit 451 aux Célestins : La culture brule-t-elle ?

Imaginez-vous un monde où la société conformiste prône une dictature du divertissement. Un monde où l’individualisme est la clef de la réussite, où les liens humains peu à peu s’effacent devant un univers virtuel. Un temps où tout passe par le numérique, des habitations avec TV sur le mur et de la musique dans des baladeurs. Pensez à un quotidien dicté par l’omniprésence de la télé réalité ou de la publicité. Songez à une médecine toute puissante, capable de mettre en place une circulation sanguine extracorporelle. Ray Bradbury est-il toujours un auteur de science fiction ?

En 1953 en pleine période du maccarthysme, Bradbury écrit Fahrenheit 451, un roman d’anticipation faisant référence à la température capable de brûler les livres. Cet univers pessimiste, aussi bien actuel qu’irréel nous transporte vers les grandes questions de notre avenir. Devant ce chaos, d’une société non-sens, le futur nous inquiète.

Au théâtre des Célestins, David Géry réussit l’exploit d’une adaptation fidèle et originale de ce roman. Le décor simple et dépouillé met en lumière la pauvreté de la condition humaine. De simples murs nous révèlent la solitude des ces anti-héros. Cette apologie à visée didactique est sublimée par les superbes effets spéciaux du feu par le groupe F. Les flammes, leur signification et leur portée symbolique prennent dans cette pièce un quasi rôle de personnage. Cet élément inquiétant et attirant prend vie au cœur du drame.

On frissonne, la voix off nous enchante. La dictature du divertissement nous effraie. Rappelons les paroles de Beatty forte de sens : « Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie et la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte à la mélancolie. Tout ce que je réclame c’est de la distraction. » Ce monde sans culture nous paraît sinistre, peut-on un jour arriver à un tel vide intellectuel même dans nos sociétés ? Cet hymne à la littérature nous questionne, nous souhaitons comme Montag qui rentre en résistance, garder notre mélancolie et notre intérêt pour le monde extérieur.

Heureusement les hommes-livres nous transportent, disséminés dans le public, ils se lèvent, montent sur scène et pour échapper à l’interdit de lecture ils ont choisi de faire vivre ces livres. Cette communauté itinérante pour faire vivre la littérature a choisi d’apprendre par cœurs « les plus beaux passages ». Quand la révolution a échoué, Bradbury nous donne une vision humaniste de l’homme et du monde. En effet celui-ci doit pouvoir attendre un moment propice, se rapprocher des choses vraies et fuir tout paradis artificiel.

Ainsi, le spectacle est magnifique, transportant, angoissant et intéressant. L’adaptation et la performance des acteurs est à noter. Fahrenheit 451 est magnifique sur papier, sous les caméras de Francois Truffaut et maintenant aussi par l’adaptation de Géry.

Et plus si affinités

http://www.celestins-lyon.org/index.php/Menu-thematique/Saison-2012-2013/Spectacles/Fahrenheit-451

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