The Young pope : un film d’auteur dans un format de série TV

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Nouvelle mini série de coproduction italienne française et espagnole, The Young Pope a attiré notre attention. Présentée en avant première à la Mostra de Venise en septembre 2016, elle est désormais diffusée sur Sky Atlantic, Canal + et HBO. Signée Sorrentino, on y voit un jeune pape nord américain faire ses premiers pas au Vatican. Dans un style paradoxalement très conservateur, les dogmes sont ébranlés et les contradictions révélées.

Paolo Sorrentino est un réalisateur, scénariste et écrivain italien qu’on ne présente plus. On se souvient de La Grande bellezza (Oscar du meilleur film étranger en 2014) et de Youth (2015) plus récemment. Son cinéma caractérisé par une inspiration fellinienne notable nous montre un univers toujours désabusé et rempli de contradictions. Souvent décrit et décrié comme témoin de la vulgarité de l’Italie contemporaine, le réalisateur réussit en l’état à ne jamais tomber dans le grotesque. Du cinéma d’auteur au format d’une série TV, c’est un véritable pari à rélever, ici bel et bien tenu !

Jude Law incarne le personnage central, focalisant toute la dualité de l’univers. L’acteur anglais de 43 ans au physique parfait est ici dégarni, en soutane et très mystérieux. On se souvient de lui dans Bienvenue à Gattaca, Stalingrad ou Aviator ; ici il joue peut être son plus beau rôle tant son personnage est complexe et son interprétation réussie. On s’attache instantanément à ce pape opaque et ambivalent qu’on ne peut s’empêcher de détester et de désirer. Insaisissable et troublant, il rend la série intéressante et addictive.

Le Vatican lieu d’intrigues et de convictions, est filmé par Sorretino comme un espace d’influence, d’histoire, de pouvoir et de secrets. Déjà fascinant dans Habemus papam de Moretti ou dans le Da Vinci Code de Howard, il nous intrigue par ce regard nouveau hors de toutes convenances. Une question est posée : hors du fantasme et de l’imaginaire, quelle place cet état a-t-il encore dans notre monde contemporain ? Tout y est chamboulé, le bâtiment fait évidemment la magie du décor et rend le spectateur curieux, suspicieux et critique. Pourtant le récit de Sorrentino n’est ni une critique de la religion ni une éloge du pape. Athée ou croyant on admire, on rit, on se pose les bonnes questions et surtout on se prend au jeu.

Série de toutes les dissonances, son titre même semble être un oxymore : un pape jeune nous laisse croire à un souverain pontif moderne, diplomate, ouvert, tolérant ; on découvre en fait ultra conservateur frôlant l’obscurantisme. Les multiples anachronismes augmentent le trouble. Le pape boit du Cherry Coke, fume des Malboro light, cite Kubrick et Daft Punk …. Véritable éloge de la dualité, The Young Pope flirte avec l’ancien et le moderne, révèle l’ambivalence du pouvoir et de la condition humaine. Scrutatrice, ironique, elle ne tombe jamais dans la polémique.

Ainsi ce House of cards en soutane s’avère que prometteur, c’est même certainement la série événement de l’année … Laissez vous prendre au jeu, vous ne serez pas déçu !

Et plus si affinités

http://www.canalplus.fr/series/pid8620-the-young-pope.html

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