The Spy : bureau des légendes à la syrienne …

Ceux qui ne jurent que par James Bond et Ian Fleming en seront pour leurs frais. Loin des acrobaties spectaculaires et des éphémères amours de 007, The Spy retrace en six épisodes d’une grande rigueur la carrière de Eli Cohen, agent du Mossad infiltré jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir syrien.

Adaptée de l’ouvrage L’Espion qui venait d’Israël écrit en 1967 par Uri Dan et Yeshayahu Ben Porat, cette mini série boostée par OCS est réalisée par Gideon Raff, à qui l’on doit déjà Hatufim, dans un style réservé et dramatique à la fois. Au centre de ce récit, la manière dont Cohen a progressivement façonné le personnage de Kamel Amin Thaabeth, riche homme d’affaire syrien qui lui sert de couverture. Et son travail de sape au sein d’une Syrie secouée par les révolutions et une forte envie d’en découdre avec son voisin israélien.

Nous sommes au début des années 60, et Cohen, promus espion au terme d’une formation express, va devenir, de par son talent, son efficacité et son sens des opportunités, un véritable héros. Un héros que ses supérieurs sacrifieront sans pitié, aveuglés par la possibilité de noyauter un pouvoir ennemi. Un héros qui mettra sa vie familiale entre parenthèses pour servir sa patrie, quitte à y laisser son identité et sa vie. Un héros dont les restes sont toujours quelque part en Syrie, les gouvernements successifs ayant toujours refusé de les rendre à la famille.

Une vengeance impitoyable et sa fin, face à la trahison ressentie. Kamel Amin Thaabeth était à la fois intégré et respecté. Tous lui faisaient confiance. La découverte de sa véritable identité fut un électro-choc, et la série le montre bien. De même le travail d’infiltration réalisé, avec autant de minutie que de patience. Et d’audace. Pour restituer ce mélange, Sacha baron Cohen abandonne son sens de l’humour noir et se coule dans la silhouette longiligne de cet espion énigmatique, dont on aimerait connaître les véritables motivations. Car il laisse derrière lui une femme qu’il adore, des enfants qu’il chérit, une famille qu’il soutient …

Et il sait très bien que chaque mission constitue une prise de risques maximum … doublée d’une immense frustration. En Syrie, il a tout, il est tout, riche, apprécié, célébré, craint même … En Israël, il redevient un anonyme, et se heurte à l’ignorance des uns, au mépris des autres, avec toujours plus de difficultés quand il convient de garder le silence sur sa véritable profession. Là aussi, Sacha Baron Cohen excelle à restituer la tension progressive subie par ce personnage à facettes multiples, dont on comprend assez vite qu’il est finalement plus épanoui en Syrie que dans son pays d’origine. Une dualité dont il devient dépendant et qui le conduira à la catastrophe.

Bref, si vous aimez les ambiances en mode John le Carré, Sinker, tailor, soldier, spy, et Bureau des légendes, The Spy devrait vous emporter sans trop de difficulté … et vous donner à voir une autre facette de l’agent infiltré en pleine période de guerre froide, mais sur une zone de friction qu’on exploite moins ua niveau cinématographique, à savoir Israël et les pays arabes qui l’entourent. Voici l’occasion d’aborder le sujet … et de découvrir la prestation assez incroyable d’un Sacha Baron Cohen tout en retenue, mais particulièrement poignant.

Et plus si affinités

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