The Social Dilemna – Derrière nos écrans de fumée : les réseaux sociaux, c’est caca et on n’en sortira pas !

Ouais je sais, c’est un peu limite comme titre … mais franchement je n’avais pas trop d’inspiration. Il faut dire qu’après avoir visionné les 90 minutes de The Social Dilemna, on n’a plus trop de cerveau ni d’élan. Et pas forcément pour les raisons qu’on imagine.

Vendre du temps de cerveau disponible

Franchement, en attaquant le documentaire de Jeff Orlowski, je m’attendais à des révélations fracassantes sur l’univers du social media, un truc décoiffant, qui en jette, qui renverse tout. Netflix a du reste fait ce qu’il faut pour vendre son nouveau protégé à la mode « true crime » sociétal, un domaine dans lequel il se défend pas mal du reste. Eh ben … c’est raté. Parce que ce qui est raconté, on le savait déjà, et depuis un certain temps.

Impact sur le cerveau des gamins, réduction drastique du niveau d’attention, manipulation des esprits, danger pour la démocratie … les réseaux sociaux toute tendance confondue n’ont qu’un objectif : vendre du temps de cerveau disponible (ah la grande phrase de Patrick Lelay … ça date quand même de 2004, cette affaire !) afin de servir l’aura des marques et de vendre toujours plus. Tout est fait pour nous rendre accro, piloter nos émotions, nos comportements. A coup de dopamine.

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Tous accros et dociles

Ce que la websérie du même nom a mis en évidence il y a un an et des brouettes, plus récemment le numéro d’Envoyé Spécial du 10 septembre intitulé très justement « Smartphone : sommes-nous tous accros ? » (où du reste apparaît l’un des repentis cités dans The Social Dilemna, le monde est petit). Et un nombre conséquent d’autres enquêtes écrites, audio, filmées, dont l’excellent L’Homme nu – La dictature invisible du numérique que Marc Dugain et Christophe Labbé ont édité en 2016.

Bref il faudrait être complètement déconnecté pour ne pas avoir compris le message : les réseaux sociaux, c’est caca et on n’en sortira pas (surtout vu l’ancrage financier de la bête) ! Et ça, on le sait depuis quelques années, tout comme ceux qui témoignent devant la caméra d’Orlowski, battant ainsi leur coulpe, s’excusant platement d’avoir développé l’hydre social media, nous expliquant au passage comment ils ont puisé dans les neuro-sciences pour nous rendre tous accros et dociles.

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Dopamine rehab

Et chaque interview d’être suivi d’un petit drame familial illustrant les méfaits quotidiens du scrolling, avec une musique flippante en toile de fond. Une manière pas très subtile de faire passer les GAFA pour un tech Godzilla, ce qui n’est pas totalement faux, mais assez gonflé de la part de Netflix qui fait quand même partie de cette junte et ne rechigne guère à titiller le « panic button » pour rallier toujours plus d’ouailles et gonfler son chiffre d’affaires.

Des solutions ? Elles existent, chaque témoin évoque sa petite recette anti-réseaux sociaux … dans le générique de fin. Un comble ! A ce stade, les spectateurs ont zappé. C’est bien dommage, car c’est là le plus intéressant et le plus urgent … Eh oui, maître Covid est passé par là, explosant les résultats des plateformes VoD dans la course à la digitalisation, exposant tout un chacun à ce laminage sans pitié. Et rendant les entreprises un peu plus dépendantes à cette économie.

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Avec une voie de dégagement ? C’est qu’un marché lucratif se profile : celui de la dopamine rehab ou comment décrocher de Facebook et consort … à coup d’applis anti-applis. Bienvenue dans le business juteux du design éthique, ou comment amener l’entreprise à se développer selon une déontologie digitale qui annule toute envie de manipulation à des fins marketing. Une utopie ? Les USA ont porté aux nues les enseignements de Edward Bernays et sa fabrique du consentement, avec à la clé des milliers de milliards de dollars de bénéfices. Pourquoi vouloir changer une formule gagnante ? Ce sera donc au consommateur de dire non … si ce lavage de cerveau quotidien lui en laisse la possibilité ?

Et plus si affinités

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