The Neon Demon : Belles à croquer …

neondemon-120def__copier_

… ou Anthropophagous chez Elite ? Cela dépend du point de vue qu’on adopte … mais je ne vous cache pas, lecteurs chéris, qu’après avoir visionné The Demon Neon, le nouveau film de Nicholas Winding Refn, j’oscille entre les deux, à la fois admirative et déçue. Eh oui au vu du teaser, j’attendais un thriller doublé d’un film d’horreur fondé sur un scénario prometteur : Jesse, vierge lumineuse à la blondeur d’ange et au visage de sainte, débarque à Los Angeles pour entamer une carrière de modèle. A peine entrevue, elle est engagée. Les autres sont belles, elle, est sublime, comme le lui explique la directrice de l’agence qui la contractualise avec un sourire de fauve flairant l’affaire du siècle.

Enfant innocente, Lolita perverse, créature surnaturelle, qui est cette mystérieuse demoiselle ? Semblable au héros charismatique de Théorème de Pasolini, elle déclenche tout à la fois dans son sillage l’admiration, l’envie, l’amour, la passion, la sexualité, la convoitise, la violence, la haine, la rage … si fraîche, si pure, si naturelle, elle irradie au point de plonger dans l’ombre ses concurrentes déjà affadies par des canons esthétiques qui les convertissent en cintre pour vêtements haute couture. Et cela, ces dames ne l’acceptent pas. Le conflit est latent, on s’attend à ce qu’il explose à chaque changement de séquence, chaque nouveau plan. Il surviendra au moment où l’on ne s’y attend plus, dans un climax de tragédie grecque, de sacrifice païen.

The Neon Demon

Manger l’autre pour absorber sa force, son éclat : il n’y a pas que dans les tribus primitives qu’on pratique ce geste hautement rituel ; le mannequinat selon Refn répond aux mêmes codes. Qui de Jesse ou de ses rivales survivra au pugilat ? La question est posée, synthétisant magistralement la problématique d’un univers dévoré par le vide de créatures réduites à leur seule image. Ici pas de beauté intérieure, on demeure en surface, une surface qu’on sculpte à coup de chirurgie esthétique comme on le ferait du marbre. Et l’âme dans tout ça ? On l’efface. Jesse elle-même acceptera cette règle, se condamnant à la même vacuité que ses consœurs de malheur, se repliant comme elles dans une vanité de façade, trop sûre d’elle, aveugle … D’hommes point, ou brutaux, froids et manipulateurs : le seul garçon équilibré et doté de valeurs sera écarté sans ménagement de ce cirque. Reste la solitude.

The Neon Demon

Images superbes qui évoquent l’univers d’un Dario Argento ou d’un Peter Greenaway, The Neon Demon a tout pour attirer l’attention, mais peu pour la garder. Dialogues inexistants et plats (mais peut-on demander à des statues de raisonner sur l’existence?), rythme ralenti comme une longue séance de pose (après tout c’est le quotidien de ces filles vouées à être des poupées articulées qu’on jettera quand viendra la date de péremption des 25 ans), nous voici condamnés à suivre cette fable horrifique dans la position de l’assistant photo qui piétine des heures durant, attendant que le maestro ait fini sa séance de shooting. Nécessaire à la texture du conte, ce ralenti perpétuel, écrasé de soleil ou anéanti dans l’ombre, corrode proprement l’intérêt, nous plonge dans la torpeur, nous hypnotise. Tourné dans l’ordre chronologique, le film encourage cet essoufflement halluciné et statique où végètent les Vénus alanguies aux yeux vides et bovins. Elle tournent panthères dans un final impressionnant, mais trop tard peut-être pour sauver une action qu’on aurait souhaité plus trépidante.

the neon demon

Et plus si affinités

http://www.le-pacte.com/france/catalogue/detail/the-neon-demon/

Enregistrer

Enregistrer

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.