The Laundromat : quand Soderberg s’attaque aux Panama Papers …

Vous vous doutez bien qu’il ne va pas faire dans la dentelle. Effectivement, sa lecture tient de la mise au point, et devrait en édifier plus d’un parmi ceux qui ne maîtrisent pas encore ce genre d’entourloupe fiscale à échelle internationale. Sûr qu’après une heure et demi de cette fable cynique en diable, ils auront compris à quoi ils ont a faire et à quel point nous nous faisons prendre pour des cons dans les très grandes largeurs.

Le pitch ? Une visite guidée dans les méandres du montage financier by Jurgen Mossack et Ramon Fonseca, fondateurs d’un cabinet spécialisé dans ce sport planétaire et qui nous dévoilent les cinq secrets qui ont fait leur fortune, celles de leurs clients … et leur chute, bien entendu. Cinq secrets pour cinq sketches hautement corrosifs où l’on découvre jusqu’où l’appât du gain peut conduire. Le tout inspiré par le livre Secrecy World: Inside the Panama Papers Investigation of Illicit Money Networks and the Global Elite du journaliste Jake Bernstein, qui a participé au dépouillement et à l’analyse de ces précieuses données.

Chaos familial, trafic d’influences … et d’organes, corruption à haut niveau, noyades … pas sûr que vous allez tout apprécier. Ellen, elle, n’apprécie pas, c’est sûr. Son mari décédé dans un accident de bateau, les propriétaires du dit bateau qui découvrent que leur assurance est pourrie, avec derrière une société fictive, aussi vide qu’une coquille d’escargot. L’appartement qu’elle convoitait achetée sous son nez et malgré la promesse de vente par des gars désireux de faire de l’optimisation fiscale pour leurs clients russes … ça fait beaucoup pour une Ellen qui prend le taureau par les cornes … et se rend direct sur l’Île de Nieves pour rencontrer Boncamper, le propriétaire bidon d’une boite aussi bidon, qu’on va arrêter sous ses yeux.

Et là Ellen a une lueur, comme nous. Quoi que … depuis le générique, Mossack et Fonseca nous sortent leur numéro de bonimenteurs pour nous expliquer le pourquoi du comment de cette gigantesque arnaque où trempent entrepreneurs d’envergure, escrocs de bas étage, banquiers désireux de protéger leurs riches clients, dirigeants avides de fric, dealers en mal de blanchiment d’argent … bref pas un pour rattraper l’autre dans cette ambiance de criminalité en col blanc. Et qui en pâtit ? Les humbles. Ceux qui vivotent au bas de l’échelle, et qu’on prend pour des cons.

Jusqu’au jour où un gouvernant plus probe que ses confrères décide de faire le méange et modifie les lois, façonnées jusqu’alors par ces voyous de la haute. Et c’est là le message clairement exprimé par Soderberg et ses interprètes. Il faut que ça bouge, et vite ! Et pour passer le message avec un peu plus de punch, Meryl Streep, Gary Oldman, Antonio Banderas, David Schwimmer et consort qui sortent les dents pour nous mordre un peu plus et nous faire réagir dans cette fable chorale, exercice cher à Soderberg depuis Trafic.

Film engagé donc, et qui dit clairement les choses avec cynisme et un sens consommé des couleurs, des décors et des situations scabreuses. On se prend la chose en pleine poire, d’autant plus que Soderberg casse les codes narratifs en explosant le quatrième murs, ses personnages nous interpellant, passant de la fiction au réel, histoire de bien nous faire comprendre que NOUS sommes concernés. Bref c’est drôle par moment, effrayant tout le temps, limpide du début à la fin. Nous, petites gens, sommes les dindons d’une farce dont on aime bien nous truffer. Jusqu’à ce que nous réagissions.

Et c’est là que, comme Joker, le film percute l’actualité, avec cette contestation internationale, ces millions de gens qui descendent dans les rues au Chili, en France, au Liban … partout, pour dénoncer la corruption, dire STOP à cette logique mortifère. Et donnent ainsi raison à la conclusion émise brillamment par Soderberg, qui s’est ainsi offert un petit clin d’œil visionnaire des plus justes.

Et plus si affinités

https://www.netflix.com/fr/title/80994011

Delphine Neimon

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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