The Highwaymen : killing Bonnie and Clyde …

On en était resté au film de Arthur Penn, à la chanson de Gainsbourg … et à un nombre très conséquent de références dans le cinéma, la musique et la littérature à l’international. Il n’y a pas à dire, The Highwaymen vient compléter la légende déjà très ancrée de Bonnie et Clyde … pour mieux la morceler. Car ici on ne suit pas les pérégrinations du gang mais celles des deux Texas Rangers qui mirent fin à leur parcours. Dans le sang.

Des héros fatigués

Nous sommes en 1934. Tandis que la crise fait rage, réduisant des milliers de familles américaines à la misère la plus noire, Bonnie Parker et Clyde Barrow sillonnent les chemins de l’Amérique profonde, allant de bracos en fusillades, laissant derrière eux pas mal de victimes parmi les gardiens de l’ordre … et une réputation de justiciers chez le petit peuple. Adulés tels des stars de cinéma, médiatisés par des journaux avides de lectorat, dangereux au possible car condamnés à une fuite en avant fatale.

A leurs trousses, les membres du futur FBI qui, malgré leur équipement de pointe, se cassent les dents sur ce dossier trop compliqué, devant ces deux amants infernaux qui leur glissent entre les doigts comme des vipères. Dernier exploit en date : attaquer un pénitencier à la mitraillette pour exfiltrer plusieurs complices condamnés au bagne, et en profiter pour crever, deux trois gardiens au passage. Trop, c’est trop. La gouverneure du Texas décide d’employer les grands moyens … et engage deux anciens Texas Rangers pour faire le ménage … s’ils y parviennent.

Car Franck Hamer et Maney Gault ont beau être des célébrités, ils ont vieilli, quelques kilos en trop et ne visent plus si bien qu’avant. Mais ils ont le flair, l’expérience et la logique. Une Ford V8, un arsenal complet dans le coffre et les voilà partis sur les traces des fugitifs. Objectif : les débusquer, les coincer … et les éradiquer. Ce qu’ils feront, malgré les frictions avec les autres corps de police, le silence buté de la population et la fascination qu’exercent sur eux ces deux gangsters aux allures de Roméo et Juliette.

Les éboueurs d’une société malade

Un pitch simple donc, qui débouche sur un road movie dépouillé, sombre, âpre, au cœur d’une Amérique meurtrie d’indigence, d’une violence sociale incroyable, intolérable. Derrière la caméra, John Lee Hancock se concentre sur le voyage de ces deux anciens flics aux allures de cowboys, qui cristallisent en eux le souvenir du Far West dans toute sa brutalité. Fantômes du passé, ils affrontent une autre forme de férocité, celle du gangsterisme, certes plus moderne, mais digne héritière des desperados du XIXeme siècle.

Pas de pitié donc, survie oblige, à moins qu’il s’agisse de rude virilité. Fidèle en de nombreux points à la réalité historique, le film de Hancock efface le mythe romantique de cette cavale meurtrière pour ne laisser en bouche que l’amertume d’un univers austère, rongé de misère et de souffrance, où la folie de Barrow et Parker passe pour de l’équité quand il ne s’agit que de destruction aveugle, d’une marche à la mort. L’exécution finale, la réaction de la foule devant les dépouilles, la pression des médias en manque de sensation, tout y est qui floute les limites de la bienséance et donne une sensation de nausée.

Pour alourdir encore l’atmosphère, Kevin Costner et Woody Harrelson incarnent les deux enquêteurs, un tandem puissant par ses silences, son sens de l’observation, sa volonté farouche, qui ne verse jamais dans l’humour gratuit mais privilégie une ironie souvent mordante, sent sur ses épaules le poids de l’Histoire, du temps qui passe, d’un monde qui se délite. On aurait pu s’attendre à un duo flamboyant dans la grande tradition du polar, avec punchlines et scènes de fight à l’appui, mais c’est une relation toute en retenue et en complexité que les deux acteurs privilégient. Avec humanité, sévérité, rigueur … et la lassitude des héros qu’on éveille une fois de trop pour jouer le rôle d’éboueurs d’une société malade.

Et plus si affinités

https://www.netflix.com/fr/title/80200571

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