The Color Line – les artistes afro-américains et la ségrégation : retour sur un siècle et demi de créativité revendicatrice

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Copyright  : © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Gautier Deblonde

Alors que l’Amérique termine le mandat de son premier président noir, que la campagne politique place la question raciale au coeur du débat avec en toile de fond une série de meurtres d’autant plus odieux qu’ils sont commis par des représentants de l’ordre, l’exposition The Color Line proposée par le musée du Quai Branly -Jacques Chirac apporte un regard analytique et critique nécessaire sur le socle culturel et sociétal d’une nation fondée sur la discrimination.

Avec quelques 600 oeuvres produites par une cinquantaines d’artistes afro-américains, la manifestation pensée par le critique d’art Daniel Soutif revient sur les grandes étapes qui ont conduit les USA de la mise en place de la Ségrégation au lendemain de la Guerre de Sécession en 1887 à l’adoption des Droits Civils en 1964. Soit 150 ans de luttes pour s’imposer en tant qu’individus dans une société profondément raciste, où la couleur de peau ancre irrémédiablement dans les ghettos et l’échec.

Titre d’un article édité en 1881 dans The North American Review par le leader noir Frederic Douglas, l’expression va désigner cette frontière instaurée par les communautés blanches jalouses de leurs prérogatives, frontières que les Noirs vont s’ingénier à faire tomber par le sport,le jazz, le cinéma, les arts visuels en général. Affirmer son pouvoir de créativité, mobiliser volonté et espoir en formulant l’indicible du rejet et de la dépersonnalisation, faire prendre conscience de par le monde : les oeuvres ici exposées témoignent de l’entreprise d’envergure portée par les créatifs de couleur, au travers des époques.

Avec des focales sur les lynchages, les sportifs noirs, l’Exposition des Nègres d’Amérique orchestrée en 1900 à Paris, l’implication des contingents afro-américains dans les deux guerres mondiales ou le rôle moteur de Harlem pour ne citer que ces exemples, le parcours chronologique met en exergue les ressorts d’une scène artistique d’une très grande richesse, qui tire sa force de son engagement au quotidien. On découvre par ailleurs les incontournables de ce paysage si prolixe, Marvin Gray Johnson, Aaron Douglas, Horace Pippin, Elizabeth Catlett ou Ellen Gallagher, parmi tant d’autres également mentionnés.

Assortie de rencontres et de conférences, The Color Line s’impose comme une approche nécessaire pour qui veut comprendre les enjeux de vie commune et de tolérance à l’œuvre dans notre monde. Il s’agit par ailleurs de témoigner de l’universalité de la démarche artistique comme acte de résistance à l’oppression et d’éducation des masses dans un cheminement de conquête d’une égalité légitime.

Et plus si affinités

http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/the-color-line-36687/

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