Syrie – Retour à Alep : « Syrie on t’aime pardonne-nous »

Mardi 4 avril 2017, horreur absolue : une attaque à l’arme chimique a fait 87 morts dont 32 enfants à Kahn Cheikhoun. Une de plus qui s’ajoute à l’innommable. La récurrence des massacres alimente quotidiennement les médias. Consternation, impuissance, banalisation : débuté en mars 2011, le conflit syrien a fait 320 000 morts, 13,5 millions de personnes soit 60% de la population sont parties en exil pour échapper au pire. Selon l’Unicef 6 millions d’enfants vivent dans des conditions difficiles. C’est par le regard de ces enfants que le documentaire Syrie – Retour à Alep expose et explique avec justesse et émotion la réalité sordide de ce que nous ne voulons pas savoir ou plus voir.

Sara, 4 ans, a fui son pays en guerre, laissant derrière elle son père disparu pour trouver un avenir meilleur en Allemagne. Sublime, le documentaire de Marcel Mettelsiefen serre le cœur et rend hommage à un peuple en profonde souffrance. Faisant suite à La vie obstinément, ce nouveau reportage récompensé par le prix FIGRA et celui des lycéens, suit le quotidien d’une famille d’Alep de 2013 à 2015, depuis son départ jusqu’à son installation à Goslar en Allemagne. Pas de message partisan, pas d’explications géopolitiques ou religieuses. Le film se concentre sur le quotidien et les sentiments.

Tout d’abord cette famille va tout faire pour rester à Alep, demeurant malgré le danger dans un immeuble touché par les bombes, où l’on tente de faire l’école à la maison et où la petite Sara raconte comment « un soldat est mort, il a eu la tête arraché » à quelques mètres d’elle. Le père se bat pour la révolution, livrant à la caméra son angoisse de faire passer sa lutte politique devant ses enfants. Il sera kidnappé par Daesh et jamais retrouvé. Les petites filles jouent à la guerre, ou pleurent quand on leur interdit de prendre les jouets des appartements voisins déserts.

La mère décide finalement de partir, en Turquie puis en Allemagne à Goslar, petite ville de campagne qui voit sa population vieillir. Nous découvrons les réactions de cette famille quittant tout pour l’inconnu, la promesse d’un avenir meilleur ou seulement d’un peu de sécurité. Le frère de Sara avoue alors : « La vie à Alep va me manquer avec les coupures d’eau et d’électricité, mon école, mes amis. Au revoir Alep ». Et puis sa sœur, les yeux pleins de larmes ajoute : « Syrie on t’aime, pardonne nous ».

Nous appréhendons grâce à la caméra les tourments quotidiens, les traumatismes de cette famille déracinée ; la mère continue à servir deux tasses de café le matin, confessant qu’elle discute avec son mari disparu. La petite Sara est effrayée quand un avion passe au dessus du square, craignant un bombardement. Dans le jargon psychiatrique on appelle cela un ESPT, un état de stress post traumatique, caractérisé par des reviviscences. Ici on ne diagnostique pas, on n’analyse pas, on écoute simplement, on regarde et on laisse les enfants dévoiler leurs sentiments.

Un jeune syrien sur trois n’a jamais connu la paix. C’est en pensant à eux qu’il faut visionner ce reportage boulversant et remarquable, le partager, le montrer. Ces images expriment la réalité d’une douleur qui ne doit pas être tue.

Et plus si affinités

http://info.arte.tv/fr/syrie-retour-alep

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