Swing à Berlin : ne dites pas « jazz » mais « musique de danse accentuée rythmiquement » !

Si il fallait une preuve supplémentaire de la connerie nazie, cette expression conviendrait parfaitement … et le contexte dans laquelle elle émerge encore plus. Berlin 1942 : si la propagande n’en finit plus d’égrener les succès du Reich, en haut lieu on sent le vent tourner. Il faut à tout prix redonner du cœur au ventre des allemands qui commencent à fléchir, entre bombardements, privations et rafles. Pour y parvenir, quoi de mieux qu’une musique sympa, entraînante, … bref du jazz. Manque de bol : Hitler et ses sbires ont éradiqué tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la « musique nègre » considérée comme dégénérée. Partitions brûlées, magasins de disques fermés, plus de concert, musiciens interdits, voire déportés. Comment faire alors, d’autant plus qu’on répète en boucle depuis dix ans à la populace que le jazz, c’est maaaaaaaaaaaaaaaal !

Qu’à cela ne tienne, on change l’appellation et on déterre une ancienne gloire du jazz germanique, le pianiste Dussander, bouffé d’arthrite et de rancœur face à de régime inepte et violent. Goebbels le charge de trouver et d’engager des jeune musiciens pour monter une formation de musique de danse accentuée rythmiquement, enregistrer un disque et partir en tournée, le tout en quelques semaines, alors que tous les hommes valides sont mobilisés au front. Mission impossible ? Dussander n’a pas le choix, soit il réussit, soit c’est la prison. Flanqué de son chien de garde Mueller, nazi convaincu et bras droit de Goebbels, Dussander part en quête de perles rares … et les trouve : quatre jeunes gens, détectés par hasard et qu’il va former avec rigueur et humanité pour en faire de vrais artistes.

Quatre gamins donc aux origines diverses, mais qui reflètent la schizophrénie de l’univers dans lequel ils survivent et où il ne fait pas bon être dissident. On se demande souvent pourquoi les allemands n’ont pas résisté face au fascisme. Mais par peur, face à la violence quotidienne, aveugle, barbare de ces jean-foutre inéduqués. Et quand ils choisissent la lutte, c’est en sachant très bien qu’ils peuvent y rester. Peu à peu, nos quatre jeunes musiciens et leur mentor, partis en tournée, découvrent l’horreur de la ségrégation, de l’extermination des juifs, des handicapés. Tandis qu’ils redonnent le moral à la foule, ils prennent conscience de s agissements criminels des SS … et vont réagir, à leur manière.

En écrivant ce roman trépidant, Christophe Lambert pensait s’adresser à un public adolescent ; pourtant cet ouvrage devrait être lu par tous. Inspirée de plusieurs faits réels, l’intrigue y a des accents de vérité poignants. Avec justesse et retenue, l’auteur suit pas à pas le processus de révélation que vivent ces personnages, le moment où ils basculent de la résignation au ras-le-bol, la peur qui les accompagne quotidiennement, malgré tout l’appétit de vivre et de résister qui emporte les angoisses … et cet amour absolu, inconditionnel de la musique, une musique qu’on cherche à contingenter, museler sans y parvenir car elle est humanité, universalité. Dans pareille tourmente, l’artiste n’a d’autre choix que de se battre car son essence même qui est en péril.

Et plus si affinités

https://www.bayard-editions.com/jeunesse/litterature/des-12-ans/swing-a-berlin

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