Sully : le syndrome du survivant

Le miracle de l’Hudson a eu lieu le 15 janvier 2009. Huit ans après, Clint Eastwood décortique le fait divers américain. Tom Hanks interprète le commandant Sully, pilote de l’A320 qui a sauvé les 155 passagers de l’appareil en se posant sur le fleuve new-yorkais après la destruction de ses deux moteurs. Au delà du drame historique et de la fabuleuse happy end, le film nous montre l’après, quand le héros devient suspect.

Définir Clint Eastwood serait presque un affront. Le réalisateur américain de 86 ans porte une filmographie interminable et a reçu plus de quinze prix. Icône du cinéma contemporain, il sait l’art de produire des blockbusters intelligents. Cet oxymore a été illustré de nombreuses fois, citons en quelques uns : Sur la route de Madison (1995), Mystic River (2003), Million Dollars baby (2004), Gran Torino (2008), American Snipper (2015) … D’une grande liberté narrative, Eastwood prend le temps de sublimer des instants brefs. Il investit un fait simple pour en faire un film avec des scènes classiques, presque dépouillées, mais toujours émouvantes. Touchant un public large, il n’intellectualise pas ses films à l’extrême, il filme l’Amérique comme il la voit.

Toute l’histoire de Sully se fonde sur ce crash transformé en « amerrissage » par le commandant et son copilote (Aaron Eckhart). Le film alterne le moment de l’accident et celui de l’après miracle. On y découvre un homme touchant et attachant avec une conscience professionnelle sans faille. On remarque comment la médiatisation américaine transforme ce simple pilote en une véritable icône en moins de 24 minutes. Enfin on comprend le poids d’un système monétaire inique propulsé par des compagnies d’assurances toujours plus féroces. Négligeant le facteur humain, une enquête sans pitié sera menée pour trouver un responsable aux pertes financières. Là où l’Amérique toute entière reconnaît un héros, l’administration cherche un bouc émissaire, quitte à détruire une carrière, une passion, un homme.

Ce film catastrophe se termine bien, nous le savons, pourtant il est captivant et parfaitement mené de bout en bout. Le spectateur connaît évidemment l’issue de l’histoire pour l’avoir suivie en temps réel à la télévision il y a quelques années. Pourtant comme les passagers de l’avion, il ne peut s’empêcher de se crisper sur son siège et retient son souffle quand l’appareil fonce vers New York. Projeté dans le monde magique de l’aviation, il découvre ce métier de passion, sa dimension financière de multinationale et cette prise de risque angoissante.

Dans American Snipper, le militaire incarné par Chris Kyle était atteint d’un syndrome post traumatique, séquelle des horreurs de la guerre. Ici Sully est atteint du même syndrome sans tuer personne, cette fois-ci via son expérience de mort imminente et son statut de héros. Avec une maîtrise parfaite des sentiments et des émotions, le film nous montre la droiture d’un homme prêt à tout pour accomplir sa mission de pilote. Quand il sait que les 155 passagers sont sains et saufs, il a quand même le plus grand mal à retirer son uniforme et à trouver le sommeil. Les reviviscences, les cauchemars et l’enquête de l’American Airlines plongent cet homme dans le désespoir. Ainsi, le film se veut un hommage. Il nous conte le choc d’un homme mais aussi celui de l’Amérique entière, terrorisée par les avions depuis les attentats du 11 septembre. Certainement un des plus beau Eastwood, … jusqu’au prochain !

Et plus si affinités

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