Starbucks sans filtre … et sans remords !

Vous me direz : que peut-on attendre d’une firme qui arbore une sirène comme emblème … la sirène … séductrice, trompeuse, dévoreuse, une vraie saleté qui séduit pour mieux détruire : même Ulysse a failli se faire avoir, c’est tout dire. Dotée de semblable logo, Starbucks affiche en fait et très clairement la couleur du cannibalisme économique, sous les dehors d’une illusoire mission sociétale. Et il revient au documentaire Starbucks sans filtre de faire tomber les masques.

En 1h30, Luc Hermann et Gilles Bosson passent la multinationale spécialiste du café au crible, dynamitant une success story construite sur l’exploitation des fournisseurs comme des employés, la création de produits douteux (certains cafés explosant le taux de sucre autorisé), des modes d’implantation d’une violence inimaginable, l’usage de contenants polluants (les gobelets non recyclables, un must). La leçon est rude, mais elle démontre point par point et avec une rare acuité la manière dont une grosse firme va aujourd’hui se développer, faisant fi du bien commun, tout en prétendant le promouvoir.

Hypocrisie, hypocrisie ! Tout repose sur une stratégie marketing bien rodée (ah ce fameux troisième lieu) dopée par une communication au cordeau, qui sait piéger le consommateur dans ses attentes, ses failles existentielles sans qu’il le sente même, le transformant en ambassadeur enamouré : pour exemple la déclaration d’amour de l’avocate new-yorkaise à Starbucks est proprement sidérante, surtout de la part d’une personne qu’on imagine éduquée et donc armée pour ne pas se faire séduire.

Raté ! Cette réaction, de même que les longues files d’attente que génère chaque ouverture d’un nouveau spot, en disent long sur la manière dont la team Starbucks a su capter les attentes de ses contemporains, avides d’afficher leur réussite en pouvant se payer un café « de luxe ». Quelle détresse, mon Dieu ! Capitalisant sur ce besoin égocentrique et somme toute assez méprisable, la firme de Seattle a conquis le monde en encourageant ce type de réaction.

On frémit, d’autant plus que les deux réalisateurs, issus de la boite de prod Premières Lignes, usent du savoir faire acquis sur les enquêtes de Cash Investigation pour prêter à leur analyse un petit côté ironique aussi drôle que déplaisant. Et pourtant, à la source Starbucks se voulait équitable, portant la volonté de consommer autrement ; seulement voilà : un directeur marketing aux dents longues est passé par là, chamboulant tout avec le succès que l’on sait, trahissant l’ADN initial de la marque sans aucun remords.

A coup sûr Starbucks sans filtre propose une étude de cas poussée, PESTEL en main et SWOT à l’appui, un véritable cas d’école qui décortique les rouages d’un succès économique … et ses dérives désastreuses. Au moment où l’on ressent physiquement l’urgence de changer de modèle économique, le récit de l’épopée Starbucks permet de mesurer l’effort à accomplir pour modifier les mentalités, éduquer les consommateurs, contrecarrer les appétits féroces des investisseurs, bref savoir dire non, et s’y tenir ! Tout reste à faire.

Et plus si affinités

https://www.pltv.fr/starbucks-sans-filtreevenement-de-la-rentree-arte-mardi-28-aout-en-prime-time/

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