Sous influence : tragédie de femme

Yvonne, scientifique spécialisée de l’ADN sans être une chercheuse de renom, la cinquantaine un peu planplan mais encore jolie, un mari avec qui elle ne parle plus que rarement même s’ils forment un couple exemplaire, des enfants qui deviennent grands et s’éloignent dans le flot de la vie, une maison confortable mais vide … pas forcément un échec existentiel mais pourrait mieux faire en matière de passion. Jusqu’au jour où la sage Yvonne croise la route de Mark le mystérieux. Entame une liaison … Se fait violer. Puis …

Voici le pitch pour le moins saisissant de la mini série Sous influence de Jessica Hobbs, adaptée du roman Portrait d’une femme sous influence de Louise Doughty. Une histoire pour le moins éprouvante qui nous plonge dans la psyché d’une héroïne en apparence terne, mais dont la situation va révéler les complexités, les zones d’ombre. Sans jamais émettre de jugement et c’est là toute la force du récit. Le choc atroce de son agression, totalement inattendue, inenvisageable, foudroyante, vient casser le fil d’une idylle excitante car énigmatique, précipitant l’ensemble des personnages dans la tragédie.

A partir de là, plus personne ne contrôle rien … en apparence ? La seconde partie de la série pose la question de la culpabilité au travers d’un procès particulièrement pénible. Les ultimes secondes du récit n’apporteront aucune réponse, nous laissant dans une opacité troublante. Qui est vraiment cette femme ? De quoi est-elle capable ? Quelle est sa part de ténèbres ? Est-elle seulement victime ? Une vengeresse sans pitié qui explore une facette de violence jusqu’alors insoupçonnée ? Remarquablement interprété par une Emily Watson d’une rare subtilité, un Ben Chaplin bien plus instable et fragile qu’on ne pense, ce thriller psychologique précipite protagonistes et spectateurs dans une tourmente émotionnelle d’une rare intensité.

Et qui pose question. Le titre anglais, Apple Tree Yard, résume cette problématique confuse du désir, son caractère irrésistible, ses délices, ses amertumes … ses souffrances, sa brutalité. L’objet du désir est-il réel ou le fruit de nos attentes, de nos frustrations ? Séquence après séquence, se dessine un portrait de femme d’une rare richesse, dans ses joies, ses chagrins, ses blessures, ses désirs avortés, ses envies fébriles, ses rages légitimes, sa puissance cachée … Difficile de ne pas s’identifier à Yvonne Carmichael, de ne pas comprendre ce qu’elle vit, de ne pas adhérer à son positionnement, de ne pas vivre son calvaire à ses côtés pas à pas, de ne pas justifier ses choix.

Avec autant d’élégance que de férocité, Sous influence repense les poncifs du « rape and revenge » movie pour en fournir une lecture autrement plus trouble et perverse, avec en background la question de l’adaptation de l’individu, et sa faculté de réaction face à l’agression … quitte à tout détruire sur son passage pour reconquérir sa zone de confort.

Et plus si affinités

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