Sound central festival : le parcours du combattant musical

English version bellow

Il y a peu, j’annonçais dans ces colonnes l’existence d’un festival rock … en Afghanistan : Sound central festival. Je suis tombée dessus par les hasards de la toile, et j’ai voulu en parler ne serait-ce que pour rendre hommage à tant de courage. Depuis j’en ai parlé autour de moi, à des bookers, des artistes, des orgas de festivals : tous m’ont regardée avec des yeux ronds et un commentaire : « Ils sont dingues ! »

Dingues oui, mais ils sont là et au moment où j’écris ces lignes ils lancent la deuxième édition du festival. Au cœur du processus, Travis Beard. Ancien journaliste, vidéaste, qui a découvert l’Afghanistan il y a plusieurs années. Visiblement aussi allumé qu’engagé ! Je l’ai contacté par mail. Il a bien voulu nous raconter l’histoire de cette aventure, les obstacles qu’il a fallu surmonter. Récit d’un parcours du combattant musical.

Monter un festival de musique en Afghanistan : joies et obstacles

Par Travis Beard : Fondateur du Sound Central Festival

L’idée du SCF est né une nuit de 2009 à Kaboul, dans un restaurant local, rempli d’un mélange de membres de la population locale et d’expatriés, passionnés de bonne musique rock. C’était à l’occasion d’un Battle of the Bands que j’avais organisé pour le plaisir : 6 groupes de Kaboul qui jouaient devant une foule enthousiaste et 3 juges éméchés.

Après que les résultats du tirage au sort entre Kaboul Dreams et de White City ont été annoncés, nous nous sommes assis pour bavarder sur ce qu’il fallait faire ensuite. J’ai suggéré que ce même modèle pourrait être étendu à un format festival.

Il a fallu 2 ans pour que ce rêve se réalise. La première année on ne m’a même pas cru quand j’ ai dit qu’il y avait un festival à venir dans les 3 mois et que les zicos devaient se préparer. A la fin le manque de foi et de soutien de la part des groupes  qui me jugeaient barrés ont conduit à annuler l’édition 2010 du festival.

A la fin de 2010, nous avons appris qu’il y avait de nouvelles subventions distribués pour aider le développement d’activités culturelles et que l’Afghanistan était concerné. Ce fut un âge d’or,  les étrangers n’étaient pas encore dans l’idée de quitter Kaboul, ils pensaient encore à dépenser des fonds pour des projets qui n’ont pas assimilé ensuite à des statistiques.

Considérant notre manque en matière de pratique des subs nous avons été agréablement surpris d’apprendre que nous avions gagné une récompense pour accueillir le festival. Maintenant, tout ce que nous avions à faire était d’apprendre à organiser ce fihu festoche. J’ai contacté plusieurs organisateurs de festivals dans l’Ouest et leur ai demandé de nous guider sur la façon de faire un festival de musique dans un pays du Tiers Monde. Leurs conseils étaient concis, mais beaucoup n’était pas en rapport avec la réalité du lieu où nous étions, et obtenir l’autorisation d’utiliser les lieux était le plus gros défit à relever l’emplacement étaient leurs plus grands défis à relever.

Notre premier obstacle  a été de savoir où accueillir le festival. Nous avons commencé avec l’Hôtel Intercontinental de Kaboul. Un hôtel construit dans les années 60 avec une histoire riche de spectacles musicaux branchés dans les années 60 et 70. La direction semblait enthousiaste et nous imaginions déjà utiliser la piscine pour l’after show, quand en Janvier l’hôtel a été attaqué par les talibans, avec un siège d’ ½ journée et beaucoup de gens tués. Tristement nous avons rayé l’Intercon’ de notre liste.

Pour le lieu suivant,  nous avons ciblé les parcs dédiés aux foires agricoles à l’intérieur de la ville. L’espace était conséquent  le périmètre de sécurité signifiait que nous pouvions contrôler la capacité de 5000 personnes facilement. Nous avons passé 3 mois à jouer les montagnes russes, – ce que nous appelons le ‘Shuffle ministère ». Essayer d’obtenir les signatures de 570 personnes différentes sur des masses de documents qui devaient être estampillés, signés et photocopiés. À un certain moment, nous avons perdu la trace des originaux, constatant alors que nous étions perdus entre labyrinthe bureaucratique et corruption.

Le compte à rebours pour les 2 dernières semaines du festival avait commencé quand Kaboul a été frappé par une vague d’attentats. D’abord, ça a été une attaque impétueuse de 24 heures contre l’ambassade américaine et du QG ISAF depuis un site de construction abandonné. Ensuite, l’ex président Rabbani a été assassiné par un kamikaze qui avait caché son dispositif explosif dans son turban. Et enfin un autre kamikaze a lancé son véhicule piégé en contre bas de l’ambassade américaine, tuant des innocents.

Outre les interruptions évidentes apportées à notre orga, cela a déclenché une vague de paranoïa mondiale parmi tous les artistes internationaux que nous avions programmés pour le festival. L’ancien batteur de NIN et Amanda Palmer, leurs billets bouclés, annulèrent. Le seul groupe de métal irakien connu à l’international annula. Des groupes américains en route vers le Royaume-Uni nous ont présentés leurs excuses pour ne pas être en mesure de le faire.

Ironiquement les groupes qui sont venus à Kaboul étaient de la région: l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Avec une équipe petite mais dévouée originaire d’Australie, nous avons eu 4 sets internationaux en gestation et 4 locaux mis au point. Nous avions l’étoffe d’un festival ….. A seulement 3 jours de l’évènement,  nous n’avions pas encore le feu vert des ministères. Nous avons décidé d’exécuter notre Plan B et d’investir des Jardins de Babur, un jardin majestueux construit par l’ancien roi Babur. Nous sommes allés à l’unique entreprise d’ingé son de Kaboul et avons loué un système audio défoncé datant de la guerre, avec des fils dénudés, qui a filé des décharges aussi bien à l’ingénieur son, mon frangin, qu’aux chanteurs.

Il y a aussi une myriade d’autres petits problèmes qui nous ont pollués pendant ces derniers jours :

• Corrompre la police locale pour tenir le quartier autour de la salle. La question est toujours: Combien faut-il payer pour une telle demande?
• Réceptionner 500 T-shirts commandés avec la faute d’orthographe: Sound Gentral

• Voir arriver des générateurs sans aucun opérateur ni carburant

• Monter une scène sur mesure trop courte qu’on a dû étayer avec des briques pour la mettre à niveau avec le reste de la scène intérieure

• Embaucher un tas de gens du pays pour assurer l’intendance du festival, et réaliser qu’ils n’avaient aucune idée de ce concept

• Engager un seul homme armé pour assurer la sécurité entre le public et les coulisses

Un des plus grands obstacles à résoudre a été la promotion de l’événement. Dans un environnement comme celui de Kaboul avec la sécurité comme véritable enjeu, comment pouvons-nous informer les bonnes personnes d’assister à l’événement et comment pouvons-nous cacher ces informations des mauvaises personnes ?
Nous avons choisi l’approche furtive et dans ce sens généré le premier festival de furtivité. Un festival de musique dont la date ou le lieu ont été tenu secrets jusqu’à 24 heures avant l’événement. Les spots TV teasers ont été mis en avant avec beaucoup d’images RnR, mais il manquait les détails fondamentaux du lieu et de l’heure.

Que devions-nous faire ? Une invitation ouverte à toutes les parties en présence dans ce climat de conflit ? Donner des éléments pas désaccord avec nos convictions musicales, et sujet à la planification d’une attaque ? Non, notre objectif principal avec ce projet, était de créer un événement réussi et sans incident, de sorte que nous pourrions l’organiser à nouveau en 2012 puis en faire un événement annuel.

Le jour du festival, nous avons publié le lieu et l’heure via les radios et les télévisions les plus importantes du pays. Nous avons eu une foule très enthousiaste et dévouée, mais petite : environ 500 personnes. 8 groupes ont secoué les jardins historiques pendant 7 heures et l’événement a été couvert par tous les organismes principaux d’information à travers le monde. Nous avons eu un mélange de jeunes, d’adultes curieux et au moins 20% d’audience féminine, ce qui en soi était historique.

Nous avions érigé le premier festival alternatif musical dans l’histoire de l’Afghanistan et planté une graine qui est maintenant devenue un événement annuel. Le festival 2012 aura plus de groupes, plus d’audience, plus de jours, plus d’arts de la scène … et bien sûr plus d’obstacles !

Traduction : Delphine Neimon

Et plus si affinités

http://www.soundcentralfestival.com

http://www.facebook.com/pages/Rock-Central-Asia-For-Freedom-of-Expression-in-Afghanistan/148745891875322

A few weeks ago, I announced the exitence of a rock festival in Afghanistan : Sound central festival. I felt on it on the web, and I wanted to speak about so mush courage. Since, I spoke about it to bookers, artists, managers : all of them looked at me with surprise and said : “The are so crazy!”

Crazy od course, but they are and at right now, they begin the second session of SCF. At the centre of it, Travis Beard, a former journalist, video maker, who discovered Afghanistan years ago. Completely passionated and implicated! I mailed him. He accepted to tell us the history of this adventure, the hurdles the team had to overcome. This is the storytelling of the path of musical warriors.

The Hurdles of Hosting a Music Festival in Afghanistan

By Travis Beard: Founder of Sound Central Festival

The idea of SCF was born from a night in Kabul, at a local restaurant, filled with a healthy mix of locals and expats, all up for some good rocking music, back in 2009. It was a Battle of the Bands that I had organized for kicks. 6 Kabul based bands rocking the night out to a enthusiastic crowd and 3 tipsy judges.

After the results of a draw between Kabul Dreams and White City was announced, we sat around chatting about what to do next. It was only a matter of time before the penny dropped and I suggested that this same model could be expanded into a festival format.

It took 2 years to bring that dream to fruition. The first year no one even believed me when I told them there was a festival coming up in 3 months and they needed to practice. In the end lack of faith and support from groups that thought I was mad, led to the 2010 festival being put back on the shelve.

In late 2010 we received news that there were new grants being handed out for cultural activities that included Afghan participation. This was a golden time when the mentality of the foreign presence was not in ‘withdrawal mode’ Kabul and they still believed in spending funds on projects that didn’t equate into nice rounded numbers that slot into an annual report.

 Considering our lack of previous grant history we were pleasantly surprised to hear that we had won an award to host the festival. Now all we had to do was learn how to host the damn thing. I contacted several festival organisers in the West and asked them for mentorship on how to make a music festival in a 3rd world country. There advice was concise, but a lot of it was not relative to where we were, more relative to a location where noise pollution and location permissions were their biggest challenges at hand.

Our first hurdle was where to host the festival. We started with the Intercontinental Hotel in Kabul. A hotel built in the 60s with a rich history of ‘hip’ musical performances in the 60s and 70s. The management seemed keen and we were already imagining the pool for the after party, when in January the hotel was attacked by the Taliban, held siege for ½ a day and many people killed in the process. Sadly we crossed the Intercon’ off the list.

The next location we aimed for was agricultural fair grounds within the city. The grounds were massive and the secure perimeter meant that we could control the 5000 capacity easily. We spent 3 months climbing and falling from the snake and ladders game; which we call the ‘Ministry Shuffle’. Trying to get 570 different people to sign off on volumes of paperwork that needed to be stamped, signed and photocopied. At some point we lost trace of the originals and where we were in this labyrinth of red tape and corruption.

Counting down to the last 2 weeks of the festival,  Kabul was hit by a wave of attacks. First it was a brash attack on the US Embassy and ISAF HQ from an abandoned construction site that lasted for 24 hours. Then the ex-president Rabbani was assassinated by a suicide bomber who hid his explosive device in his turban. And lastly another vehicle borne suicide bomber hit the square just down from the US Embassy and killed innocent bystanders.

Besides the obvious interruptions this made to our planning it also sent a wave of paranoia across the world to all the international artists that we had lined up for the festival. The former drummer of NIN and Amanda Palmer [with his tickets in hand] pulled out. The only Iraqi metal band to ever make a name for themselves and get out of Iraq, pulled out. Bands from the US all the way to the UK made excuses for not being able to make it.

Ironically the bands that did commit and made it to Kabul were from the region: Uzbekistan and Kazakhstan. With a small but dedicated troop from Australia, we had 4 international acts on their way and 4 local acts ready. We had the makings of a festival…..

With only 3 days to the festival we still did not have the green light from the ministries. We decided to execute Plan G and hire Barbur Gardens. A majestic garden built by the former King Barbur.

We went to the only sound company in Kabul and rented a war torn sound system that was powered by exposed wires, that gave everyone from my brother [the sound engineer] to the singers electric shocks.

There was a myriad of other smaller obstacles that haunted us in these last days:

  • Bribing the local police to cordon off the block around the venue. Question is always: How much does one pay for such a request?
  • 500 T-shirts ordered with the spelling mistake: Sound Gentral
  • Generators arriving at the festival with no operator or fuel
  • A custom built stage that was 1 foot too short and therefore had to be propped up with bricks to make it level with the rest of the in-house stage
  • Hiring a bunch of locals to steward for the festival, not realizing they had no idea of the concept; to steward
  • Hiring a one armed man as the security between audience and greenroom

One of the largest hurdles to tackle was the promotion of the event. In an environment like we live in Kabul with security as an issue, how do we tell the right people to come to the event and how do we keep this information from the wrong people?

We took on the stealth approach and in a sense created the first ever stealth fest. A music festival that we did not promote the date or location until 24 hours before the event. The teaser TV commercials were hyped up with lots of RnR imagery, but lacked the fundamental details of where and when the festival was.

What were we to do? Make an open invitation to all parties present in this conflict canvas? Give elements not in tune with our musical beliefs, time to plan an attack? No, our main goal of this project, was to make a successful and incident free event, so that we could do it again in 2012 and eventually turn it into a annual event.

On the day of the festival, we released the location and time through the countries biggest TV and Radio Broadcaster. We had a very enthusiastic and dedicated, but small crowd of 500 turn out. 8 bands rocked the historic gardens for 7 hours and the event was covered by every major news agency around the world. We had a mix of head-banging youth, curious elders and at least 20% female audience, that in itself was historical.

We had pulled off the first alternative musical festival in Afghanistan’s history and planted a seed that has now grown into an annual event. This years festival will have more bands, more audience, more days, more performing arts and of course more hurdles to overcome.