Solution culturelle anti-covid : ô drive-in multi-disciplinaire, notre sauveur ?

Drive-in
Christopher Michel – 2009 Creative commons Photo modifiée ?subject=Drive-in (3439525006)&body=https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Drive-in_(3439525006).jpg%0A%0AChristopher Michel%0A / CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)

Tandis que le secteur culturel attend de pied ferme les prochaines mesures présidentielles concernant le sauvetage du soldat artistique, on n’en finit plus d’explorer des solutions de rechange pour continuer à divertir dans la perspective d’un déconfinement sous distanciation sociale.

Zone de confort vs jauge en chute libre

Gestes barrières, port du masque obligatoire, un minimum d’un mètre de distance entre chaque individu : s’ils n’étaient déjà fermés pour cause de pandémie, les lieux culturels auraient un sérieux problème de jauge à gérer s’ils devaient fonctionner dans pareilles conditions, sans compter la désinfection constante des espaces. C’est sûr que pogoter tout seul dans sa zone de confort de 4m2, au milieu d’un champ difficilement stérilisable, aux côtés d’une vingtaine d’autres zozos parqués dans leur espace de sécurité, headbangant à l’aveugle avec des masques kawai trop grands, c’est pas ce qui se fait de mieux en terme d’éclate.

Et on imagine le topo dans une salle de théâtre ou de cinéma affichant un spectateur tous les trois sièges (déjà que les salles peinaient à recruter du public), devant se laver les mains au gel hydro-alcoolique de contrebande avant chaque applaudissement, repositionner son masque toutes les dix minutes pour voir ce qui se passe sur scène, ah zut, j’ai touché mon visage par inadvertance, je suis contaminé, bingo ! On s’en doute, le chiffre d’affaire, déjà bien impacté par le streaming et la VoD, ne suffirait certainement pas à couvrir les frais de fonctionnement des lieux. Bref opération à très grosse perte.

Alors, on fait quoi ? Certains se tournent vers les charmes du live stream DIY depuis leur balcon, leur salon, leur cave ou leurs toilettes, mettant de côté la monétisation de la pratique pour jouer la carte d’une hausse de la fanbase qui se traduit par d’hypothétiques pépettes quand on rouvrira les salles de concert … qui auront dû baisser leur jauge pour respecter la distanciation décrite plus haut, donc mauvaise option, gros Kamoulox dans ta face masquée avec le logo du festival ou de l’artiste imprimé dessus, goodies tendance oblige !

Drive-in, my savior !

Et puis il y a des petits malins qui, appliquant à la lettre le vieil adage « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », se tournent vers l’existant un brin old school mais on n’a que ça sous la main, alors à la guerre comme à la guerre, à savoir le drive-in ! Véridique ! Misant sur la bougeotte convulsionnaire d’un public qui n’en peut plus de s’emmerder entre ses quatre murs, les drive-in ont ouvert leurs portes à l’errance intellectuelle covidienne, accueillant en leur sein pas si poussiéreux que ça des automobilo-spectateurs impatients de reconquérir leur liberté perdue (en passant des cloisons de leur appart à l’habitacle de leur bagnole, c’est sûr qu’ils ont gagné au change – Note de la rédactrice un brin sarcastique).

Les onze cinémas en plein air américains (soit 10 % du marché, les autres étant fermés jusqu’aux beaux jours) demeurés accessibles en plein confinement ont donc surfé sur la vague Covid pour remonter leur côte, avec un certain succès : + 40 % de fréquentation pour le très texan Showboat Drive-in Theater. Et devant l’écran, des habitués et des prosélytes. Opération d’autant plus réussie que le pays n’est pas prêt de se débarrasser du virus, et va donc jouer au yoyo avec la réouverture des salles classiques dans les temps prochains. Bref le drive-in a de beaux jours devant lui … si la programmation se renouvelle. Et là c’est le drame.

De taille. Mr Covid a mis à l’arrêt tous les tournages, les plateaux sont vides, acteurs, scénaristes, metteurs en scène, techos, producteurs parqués chez eux à se filmer en train de faire la bouffe pour conserver l’attention des fans. Du coup, l’affiche des drive-in va vite manquer de fraîcheur, de nouveauté. Certes le patrimoine cinématographique mondial regorge de suffisamment de pépites pour alimenter une programmation d’extrême qualité. Mais pas dit que cela convienne à un public plus friand de zombies et de bluettes que de cinéma d’auteur.

Drive-in : la panacée ?

Ce problème vaut pour nous aussi. Partout on se tourne vers l’option « drive-in », avec un autre souci : l’équipement et le lieu. Délicat d’organiser un drive in en plein milieu des Champs-Élysées, et on imagine mal les parisiens se barrer dans une friche limitrophe pour visionner un James Bond sur grand écran, alors qu’il n’y a pas de bornes de sonorisation, que le terrain n’est pas égalisé, que l’écran et la restitution de l’image sont pourris. Et qu’on n’a pas de bagnole.

Eh oui, dans « drive-in », il y a « drive » = conduire = voiture = permis = assurance = si tu vis à la cambrousse ou dans une petite ville de province, tu as de fortes chances d’être motorisé vu que le premier centre commercial est à 10 kilomètres et que tu as trois bus par jour qui passent quand il ne pleut pas ; mais si tu crèches en grosse citadelle avec transports en commun conséquents et vu le prix d’une place de parking, la pollution toussa toussa, bah t’es piéton. Donc le drive-in n’est pas pour toi, sauf si tu vis aux States où on prend sa tuture pour faire dix mètres, ou que tu fais du covoit avec ton voisin, mais alors, la distanciation sociale, bah t’oublies, surtout qu’il embarque avec lui, et toi et la moitié de l’immeuble qui veut profiter de cette aubaine pour aller se vider les méninges.

Et, comme tes petits camarades de maraude cinématographico-automobile, tu deviens donc un vecteur de contagion, malheureux !!!! Tout ça parce que t’as voulu sortir de chez toi sur des roulettes pour aller au drive avec ton voisin et tout l’immeuble dans le coffre, tous bouffeurs de pangolin, qui sait ????? Bref, le drive-in, c’est pas forcément la panacée. En plus c’est sympa un coup, mais quand tu as dû te taper tout le périmètre pour aller pisser dans les toilettes pas si sèches que ça parce qu’un orage d’été a éclaté, et que tu dois patauger dans toutes les flaques du terrain avant d’arriver devant des toilettes bondées parce que tout le monde a eu la même idée que toi … bye bye distanciation sociale.

Opéra à roulettes

Bref, on est mieux chez soi, effet canapé. Sauf que l’idée a germé. Figurez-vous que d’autres secteurs que le cinéma zieutent sur le concept pour sortir de l’ornière et gagner des sous (ce qui n’a rien de critiquable au demeurant, il faut bien bouffer). Ainsi le musicos danois Mads Langer vient d’initier un concert en drive in avec 500 tickets vendus à la clé, et une radio transmission de qualité plus Zoom en appoint pour assurer l’interaction artiste/public. La chanteuse Giedre a fait de même en Lituanie le 24 avril, prenant du reste la suite d’artistes coréens qui avaient ouvert le bal en pleine pandémie. Et toute la presse spécialisée, Rolling Stone en tête, de claironner la bonne nouvelle.

Le drive-in avait permis des campagnes de dépistage massifs ; sauvera-t-il nos festivals ? Il constitue en tout cas une alternative dans laquelle s’est engouffré … le English National Opera. Oui, vous avez bien lu ! ENO compte organiser un event du genre en Septembre, avec à l’affiche La Bohème de Puccini, en version raccourcie d’une heure trente (ça règle le problème de l’entracte et de la pause pipi, mais je ne sais pas si Puccini aurait apprécié le tronçonnage qui s’annonce) et une mise en scène où les chanteurs seront aussi distancés (ça va être coton pour que Rodolfo câline Mimi sur son lit de mort, un véritable challenge pour le metteur en scène de cette super prod en devenir). Et en cadeau bonux : La Flûte enchantée réduite à une heure. Le tout pour 12 représentations. L’endroit sera accessible aux spectateurs en voiture, à moto et à vélo, avec une jauge à 300 véhicules.

Et la première représentation gratuite pour les personnels de santé. Une véritable expérimentation sociétale selon Stuart Murphy qui dirige l’ENO … et qui compte bien profiter de cette opportunité pour ramener l’opéra à sa source populaire. Après « l’opéra pour tous », il défend « l’opéra pour chacun » et compte bien gagner au passage une nouvelle clientèle tout en jouant la carte de l’action culturelle tout public. Il initie par ailleurs le terme « Drive & Live » et, si le test est concluant, envisage d’élargir son champ d’action à d’autres villes d’Angleterre. Why not ? La preuve en tout cas que le secteur du spectacle ne manque pas de ressources, s’adapte avec rapidité et ne lâche pas l’affaire, bien au contraire.

Certes l’option est pour l’instant un chouia polluante, mais elle a le mérite d’être, et d’être perfectible. Qui sera le prochain à s’en saisir ? Théâtre, danse, cirque ? A quand le drive-in culturel multi-disciplinaire comme arme absolue face à la faillite covidienne ?

Et plus si affinités

https://usbeketrica.com/article/apres-le-confinement-le-retour-des-cinemas-drive-in

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_un-retour-possible-vers-le-cinema-drive-in-pour-le-deconfinement?id=10492990

https://apnews.com/bd766ac42089fffaf45e2920e1cd33ed

https://www.metalzone.fr/news/133462-concerts-drive-in

https://www.courrierinternational.com/article/feel-good-pour-dejouer-le-confinement-des-concerts-en-mode-drive-en-lituanie

https://www.francemusique.fr/actualite-musicale/un-opera-drive-va-ouvrir-ses-portes-a-londres-83425

https://www.opera-online.com/fr/articles/le-drive-in-lyrique-une-solution-pour-lopera-en-confinement

https://www.rtbf.be/musiq3/article/detail_l-opera-drive-in-une-solution-pour-assister-a-un-opera-tout-en-respectant-la-distanciation-sociale?id=10492133

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