Ce que le sida m’a fait : histoire d’un combat artistique … ou comment faire mourir la fatalité

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

1er décembre 2017 : une nouvelle Journée Mondiale de la lutte contre le Sida au compteur. Tandis que chercheurs, scientifiques, associations et mouvements impliqués reviennent sur les progrès effectués, les problématiques qui restent à gérer, les combats à mener, le livre d’Elisabeth Lebovici prend un surcroît de sens, de nécessité, d’urgence. Car Ce que le sida m’a fait embrasse avec passion et minutie la manière dont cette peste moderne a impacté la société dans son âme même, les artistes, et comment ces derniers ont répondu à l’épidémie, ce qu’elle révélait, avec la créativité pour arme.

Spécialiste de la queer culture, de l’activisme LGBT dans son lien avec l’art contemporain, l’historienne et critique Elisabeth Lebovici consacre ces 320 pages à l’exploration d’un phénomène de fond, qui s’avère une récurrence salvatrice. Déjà au Moyen Age, les artistes tentèrent d’expliciter la Peste Noire, vécue comme une punition divine, au travers des Danses Macabres, des Vanités, des Ars Moriendi. Au XIXeme siècle ce sont la tuberculose et la syphilis qui influencent les créateurs, dans leurs compositions musicales, leurs écrits … créer, c’est pallier à l’inconnu, reprendre le contrôle, se distancer, survivre …Dans les années 80, l’épidémie de SIDA va très vite marquer une génération au fer rouge, marquage dont les artistes vont se saisir pour le dénoncer, le revendiquer, l’anoblir même …

Et protester. Car le Sida frappe en première ligne la communauté homosexuelle, de nouveau martyrisée dans une différence qui n’a pas lieu d’être. Au lieu de subir, de se cacher pour mourir dans le silence et l’opprobre, les membres de cette communauté vont réagir en force dans un cri de colère, mobilisant tous les moyens de communication et d’expression à leur disposition pour interpeller les pouvoirs publics, mobiliser l’opinion, modifier les perceptions, laminer les préjugés. Pour gagner cette guerre, il va falloir bien plus que des slogans et des manifestations. Il va falloir de l’innovation, de l’imagination, pour ne pas dire du génie. Et de la sincérité. Beaucoup de sincérité.

Chaque œuvre ici évoquée, décortiquée, mise en perspective, met en avant un souci d’authenticité, d’honnêteté. Mais comment transcrire en volume, en formes, en une esthétique, la laideur d’un mal inconnu, pervers, qui ronge les entrailles ? L’hypocrisie de ce virus concrétise celle d’une société de consommation qui ne veut rien voir sinon son bien-être, son confort immédiat. Aussi chaque œuvre d’art pointant du doigt la maladie ou distillée par elle, devient une bombe qui sape les fondements d’un système obsolète, où soudain tous sont menacés, doivent prendre conscience, et se préserver, tout en se regardant mourir. C’est la fin de l’insouciance.

Rédigeant à la première personne, Lebovici rappelle ainsi qu’elle a vécu cette gestation de l’intérieur, impliquée auprès des militants, observatrice certes, concernée aussi, comme, on l’ignore trop souvent, les lesbiennes qui furent également fauchées par l’infection. Son regard, d’une précision absolue, passe au crible des démarches, des projets, des créations qui se distinguent par leur originalité, leur sincérité, leur puissance, chaotique ou paisible, selon le point de vue de chaque artiste, son rapport à la maladie, son degré de fatalisme. Tristesse, détachement, rage, les sensations sont multiples … elles témoignent cependant d’une mutation profonde.

D’abord mouvement de dénonciation, puis courant social, cette créativité militante va dans l’urgence dessiner les grandes lignes d’une lame de fond, un raz de marée qui va renverser les préjugés, modifier la conscience collective. Il reste beaucoup à faire, injustices, brimades, discriminations, violences sont encore à l’ordre du jour, certes, mais l’art activiste décrypté par Lebovici a constitué les fondations d’une révolution des mœurs, dont aujourd’hui seulement, à une trentaine d’années d’écart, nous commençons à mesurer l’ampleur. C’est la force absolue, sidérante de ces artistes que d’avoir dépassée cette malédiction, de l’avoir métamorphosée, pour constituer le socle d’une modernité en devenir, celle de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la tolérance, celle d’une vigilance toujours à l’œuvre.

Et plus si affinités :

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=5483

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire