Si Mains d’œuvres était une start-up …

La news est en train de filer bon train sur les réseaux sociaux ; ce mardi 8 octobre 2019 au matin, les membres de Mains d’œuvres ont eu la très désagréable surprise de découvrir la maréchaussée parquée devant leurs locaux, les pandores gardant farouchement l’endroit pour les empêcher d’entrer et de procéder à leur mission quotidienne, je cite :

« Un accompagnement professionnalisant et personnalisé.

Mains d’Œuvres accueille des artistes, porteurs de projets et structures innovantes qui sont engagés dans la création artistique. Chaque année nous aidons plus de 50 entités à se structurer, à monter des projets et à confronter leurs créations à une population ».

20 ans sur le front de la création

Un chouinage de plus sur le front associatif en quête de subventions ? Wrong ! Le lieu opère depuis 20 ans pour accoucher et mettre en selle des talents dont certains ne vous sont pas inconnus : Arnaud Rebotini, qui a quand même raflé un César pour avoir signé la BO de 120 Battements par minute (donc pas totalement le dernier des nazes), Juliette Dragon l’une des incontournables papesses de la scène burlesque internationale, Rikkha, le combo qu’elle a formé avec son Bison de mari, combo qui tourne régulièrement aux States où il fait salle comble, pour une fois que les Ricains nous envient quelque chose, Frustration, Naive New Beaters, Living Ruins, The Psychotic Monks, Mademoiselle K …

Je ne vais pas tous vous les citer, il y en a long comme le bras, et je ne parle là que des musicos … car l’asso gère aussi des artistes plasticiens, le Laboratoire des Arts de la Performance aka le LAP, la Compagnie A. … là aussi je vous laisse consulter la page dédiée de leur site web pour mesurer l’envergure du catalogue … et la catastrophe artistique que représente la fermeture de cet espace, où est actuellement entreposé le matériel des artistes en résidence qui se retrouvent de facto au chomdu technique, ne pouvant plus ni répéter, ni s’équiper pour honorer concerts et spectacles programmés …

Rock gauchiste vs conservatoire municipal ?

Programmés dans d’autres salles qui vont donc subir de plein fouet la décision prise d’autorité par la municipalité de Saint Ouen qui a voulu ainsi mettre un terme à une situation qui n’a que trop duré, braves gens, pensez donc : nous avons affaire à une structure « déjà en redressement judiciaire » qui cumule « 237.000 euros d’impayés de loyers » et devait vider les lieux fin 2017, pour cause de bail non renouvelé par l’édile alors fraîchement élu William Delannoy tendance UDI qui comptait récupérer l’ancien centre sportif des usines Valeo installé dans la proximité des Puces … pour y parachuter … un conservatoire municipal (ce ne sont pourtant pas les sites industriels à l’abandon qui manquent dans le coin, mais c’était celui, pas un autre, na).

Alors que Mains d’œuvre y a installé une école de musique, dont les inscriptions affichent complet pour cette nouvelle saison. Oui mais vous comprenez, la municipalité fera mieux que ces saltimbanques gauchistes qui font du rock !!!!!!! Arghhhhh malédiction, caca, le rock, pas de la musique, ça ! Subversif ! Surtout fait pas des saltimbanques gauchistes ! Beurk !Et en plus ça fait du bruit qui gêne les riverains … alors que si vous consultez la map Google, vous verrez que les locaux sont coincés entre une école, un café et un complexe sportif (donc bof bof comme argument).

Décapiter un haut lieu de la créativité de la Seine Saint-Denis

Bref, mis en demeure de vider les lieux manu militari en 2017, les saltimbanques gauchistes ont décidé de rester (ça s’accroche bien, le saltimbanque gauchiste, pire qu’un morpion, et s’il est punk, bon dieu, vous êtes fichu, faut carrément dératiser à la sulfateuse), faisant appel de cette décision culturo-léthale auprès de Dame Justice, la déesse aveugle … qui a statué pour le départ, mais bon ils ont tenté de faire appel, décision qui aurait dû tomber début décembre 2019. Il faut croire que la Mairie n’a pas eu la patience,l’approche des municipales peut-être ? Et l’opportunité de récupérer un immeuble que l’asso a équipé à hauteur de 4 millions de travaux et aménagements, ce qui devrait largement éponger les « 237.000 euros d’impayés de loyers« , si j’arrive encore à faire une soustraction digne de ce nom …

Quoi qu’il en soit, les pandores étaient ce matin devant la porte de l’établissement. Laissant 25 salariés + 120 intermittents sur le carreau sans compter 20 années de boulot de terrain passées à la trappe, le festival MO’FO à la flotte, une centaine de bénévoles à la casse, et les habitants privés d’un haut lieu de la créativité de la Seine Saint-Denis, qui va sérieusement devoir reprendre son site Tourisme93.com, dont la page dédiée est désormais obsolète, pour cause de décapitation en règle. Franchement ça fait sérieux.

Mains d’œuvre serait une start-up, elle aurait déjà collecté de la levée de fonds

Car figurez-vous que l’asso a de bons résultats si j’en crois les stats affichées en présentation de la pétition qu’elle fait tourner depuis ce midi pour faire levier :

« Mains d’Oeuvres, c’est 7j/7, c’est 25 emplois permanents (40 avec les résidents) et 120 intermittents, c’est 250 résidents au travail quotidiennement, c’est 150 événements par an pour 25 000 visiteurs, 15 services civiques, c’est 4 millions d’euros de travaux réalisés en 20 ans par l’association, 55% de ressources propres, 150 jeunes de -26 ans du 93 accompagnés vers l’emploi par les chantiers de création, une école de musique de 200 élèves, 200 bénévoles, 15 000 artistes passés par Mains d’Oeuvres pour développer leurs projets, 50 œuvres produites par an, 40 partenaires sociaux éducatifs qui essaiment des actions sur tout le territoire ».

C’est quoi, les chiffres du chômage en France ? Pour une fois qu’on a une entreprise à peu près pérenne qui créé de l’emploi (dans le coin, c’est un exploit), qui forme des artistes solides, rayonne culturellement et participe à améliorer l’image d’un département qui n’est pas forcément en odeur de sainteté (et je sais de quoi je parle, j’y ai vécu), … il faudrait peut-être y réfléchir à deux fois avant de faire n’importe quoi. On va le dire franchement : MARRE qu’on démantèle des organismes artistiques qui fonctionnent et accouchent des artistes à succès de demain !!!! RAS-LE-BOL ! Disons-le clairement, avec les résultats qu’elle affiche actuellement, Mains d’œuvres serait une start-up, elle aurait déjà collecter de la levée de fonds. Et sans en rajouter sur le pitch.

Ce sont les Rolling Stones du futur qu’on assassine !

Aussi, arrêtons de bousiller des entreprises qui fonctionnent, ont du savoir faire en la matière, affichent du résultat et un pedigree de cette qualité. La musique, la culture, la création, c’est un domaine spécifique qui exige de l’expertise ! Dois-je par ailleurs rappeler que les Rolling Stones ont engrangé « 560 millions de dollars rien que pour les 147 concerts du « Bigger bang »(2005 à 2007) » faisant ainsi tourner une véritable PME d’environ 400 salariés. Dixit Le Monde. Bref une boite qui marche du tonnerre de Zeus (même si les chiffres datent un peu, mais les cailloux qui roulent demeurent une valeur sûre et qui ne fait que grimper) … et qui a commencé au bas de l’échelle … et aurait peut-être bien apprécié d’avoir une structure comme Mains d’œuvres pour l’épauler à ses débuts, ce qui lui aurait peut-être évité la cata d’Altamont en 69.

Soulignons également ces chiffres avancés par La Lettre du Musicien en juin 2019 : « Pour la première fois, le chiffre d’affaires de la filière musicale française à l’export passe le cap des 300 millions d’euros … Marc Thonon, directeur général du Bureau Export (Burex), se félicite de cette progression de 16% par rapport à 2017, alors que le marché mondial ne croît que de 9,7% ». Ce joli résultat n’existerait pas si il n’y avait pas des projets comme Mains d’œuvres, aussi investis, exigeants et rigoureux.

Concluons : alors que les soutiens affluent, que les artistes, bénévoles, usagers et membres de Mains d’œuvre manifestent sous la flotte pour sauver ces si beaux meubles du chaos que leur promettent des décideurs visiblement incapables de sortir leur calculette, nous insistons sur le fait que la culture est un marché porteur, un marché d’avenir, qui créé de la richesse. Richesse sociale, inventivité, confiance, création d’activité … bref c’est tout bénef. Dunkerque a misé là dessus et ça commence à porter ses fruits. Il serait bon que les collectivités franciliennes s’en souviennent à l’heure de la mutation enclenchée par le Grand Paris.

Et plus si affinités

https://www.mainsdoeuvres.org

https://www.change.org/p/mairie-de-saint-ouen-un-nouveau-bail-pour-mains-d-oeuvres-2

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