Shake La Rochelle : morceaux hip hop choisis

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La Sirène, la Coursive et le CCN – soit les 3 principales structures culturelles labellisées de La Rochelle – se réunissent à nouveau pour le festival Shake La Rochelle. Pour sa seconde édition et un mois durant, est proposée une programmation riche d’une dizaine d’œuvres chorégraphiques, de concerts et conférences rythmant l’agglomération rochelaise jusqu’à Bordeaux. Morceaux choisis.

Vendredi 3 novembre. Comme envoûtés par les BPM de la pimpante Smac* rochelaise se pressent de nombreux mélomanes aux portes de la Sirène. Ce soir on y célèbre un double-événement : les 25 ans de la parution du mythique 3 Years, 5 Months and 2 Days in the life of… du groupe Arrested Development et l’ouverture de la deuxième édition du festival hip-hop Shake La Rochelle.

Dès 19h le warm up fait monter gentiment le groove d’un public, bon joueur, qui s’essaie au popping et locking. Fouad Hammanni aka Fonky Foued enseigne avec bonne humeur et force pédagogie le délié de ces mouvements virtuoses via ses astucieuses Dance hours. De jeunes enfants jusqu’aux sémillants retraités s’essayent à l’exercice au son de rutilants titres r’n’b ou bonne vieille soul. L’ambiance chauffe. Plus tard dans la grande salle ce même auditoire observe une battle qui oppose les danseurs professionnels d’Accrorap – Damien Bourletsis et Nicolas Majou – à ceux, amateurs, du collectif Ultimatum. Ce ring hip hop est l’ultime friandise avant l’arrivée sur scène du groupe d’Atlanta.

« Arrested Development ressemblait au futur du hip-hop, mais le futur avait d’autres plans. »

Cela fait longtemps qu’on a décroché avec ce groupe. En fait dès leur 3ème album Zingalamaduni paru en 1994. 9 autres opus ont suivi depuis mais invariablement le grand public reste scotché à l’originel Everyday People, madeleine de Proust d’une adolescence qui se repaissait d’un son hip-hop champêtre et spirituel. Speech, leader du groupe, avait trouvé là la recette parfaite d’un rap non-violent, aux antipodes de celui gangsta trop typiquement américain pour conquérir les oreilles de la Vieille Europe. Et c’est ce hip hop hédoniste que sont venus entendre ce soir les spectateurs. Le quintet d’afro-hippies l’a bien compris et ne va pas les décevoir. Speech, maître ès coolitude, et son crew survitaminé déroulent donc les titres utopiques de l’album-culte.

Les poings se lèvent à la Tommie Smith et John Carlos au son des tubes Tennessee, Mr. Wendal, Everyday People, des « Get up», « Power to the people », « Revolution » ponctuant le set. On replonge direct en 1992. Arrested Development ressemblait alors au futur du hip-hop, mais le futur avait d’autres plans observait récemment le webzine The A.V. Club. Le temps de 2-3 albums, le groupe fut sous les feux des projecteurs mais c’est le feu des guns qui reprit le pouvoir dans les lyrics du hip-hop américain. Nouveau western, bad trip pour ce genre musical. Qu’importe ce 3 novembre, Speech a groové haut et fort sa vision du rap et le public de la Sirène a communié comme il se doit.

Dans la joie et l’allégresse

Mardi 7 novembre. À la Coursive se joue ce soir Allegria, nouvelle et seizième création de Kader Attou, directeur du Centre Chorégraphique National de La Rochelle. L’an passé sur cette même scène il dévoilait Un break à Mozart 1.1 conçu pour 11 danseurs et 10 musiciens de l’Orchestre des Champs-Elysées. Un projet ambitieux en forme d’opéra-ballet hip-hop. Il fallait oser. Pour Allegria, le chorégraphe « réduit la voilure ». Plus que 8 danseurs sur scène, exit l’Orchestre. Place à l’épure et première incursion de l’artiste dans un univers où est délaissé le propos engagé. Kader Attou entre en scène, à sa suite une valise, réceptacle de souvenirs d’enfance. De joies, de peines, d’insouciance et légèreté. Cette valise suinte la nostalgie et Kader l’ouvre : Allegria débute.

Dans les pastels d’une scénographie tout en clarté et fragilité (signée Camille Duchemin) évoluent de bondissants lutins dont la franche camaraderie rappelle les cours de récrés. Des lutins à l’individualité marquée – tous ont une corporalité propre et le chorégraphe jamais ne l’entrave – mais traversée par ce même corpus rattaché à l’enfance. Un corpus mâtiné de gestes taquins et insolents, de maladresses, de rêveries … et d’une inaltérable énergie. Sur la scène immaculée où est placée en son fond une estrade (cour de récré encore ?) se trament de furtives rencontres au son de la musique de Régis Baillet. Tel un touche-à-tout le musicien propose une partition aux sonorités électroniques éclectiques : dubstep énervé, synthés tantôt mélancoliques, fresques ambient.

Au gré des rencontres « par envie ou par hasard » se profile une chorégraphie faîte des figures imposées du style hip-hop à l’unisson, en canon, cascade et courses éperdues. Jusqu’à plus soif ! Percutante et enjouée durant les trois premiers quarts d’heure, Allegria propose un final impressionnant où la scène se transforme en courant marin à braver via le truchement d’un long voile actionné par une soufflerie. Seul vrai moment tourmenté de la pièce, on y devine la fin des jours heureux de l’enfance mais non cette fin n’en est pas une. Le spectacle repart de plus belle, pour encore une petite demi-heure de courses folles, de coupoles, d’ombres chinoises et autres pantomimes. La valise réapparait une ultime fois, Kader à ses côtés. S’en échappe un danseur, des ballons. Le message d’Allegria se brouille en se délitant. Dommage.

Igor, Vaslav et Kurt : en fleurs

Mardi 14 novembre. Le Sacre encore et toujours. 114 ans après la création de l’œuvre du duo Nijinski-Stravinsky et probablement pour le prochain siècle à venir, le printemps est toujours aussi inspirant. La compagnie Chute libre dirigée par Pierre Bolo et Annabelle Loiseau en propose avec In Bloom une puissante version hip-hop.

Sur le plateau de la Chapelle Fromentin nu de tout pendrillon sont disposées des dizaines de projecteurs. Certains y propulsent leur lumière redessinant cet espace du Centre Chorégraphique rochelais enrichi de sculptures et ornements muraux. Sur scène 10 danseurs, homme et femme, réinventent le livret bien connu de ce rite païen. Ensemble ils symbolisent la jeunesse d’aujourd’hui : virevoltante, conquérante mais brimée par la morosité économique et sociale du siècle naissant. Refusant d’être sacrifiée sur l’autel du capitalisme triomphant, cette communauté brûle les forces de sa jeunesse, toujours le poing levé. Puisant dans le sol sa force tellurique pour mieux s’envoler, la troupe impressionne par sa technique. Au diapason sur les ensembles, esquivant avec dextérité dans les diagonales tout le fatras qui jonche la scène, expert chacun dans son domaine (qui le krump, qui le popping …)

In bloom, classique grunge du groupe Nirvana, conte comme nul autre la jeunesse déçue mais combative des années 90, cette génération de post-ados qui fit les frais des crises pétrolières des années 70. Elle donne le titre à cette version hip-hop sombre et grave du Sacre. En puisant dans les expériences vécues par les danseurs (tous habités !), en alternant élancement compulsif et lévitation, en soufflant le chaud et le froid, In bloom fait éclore une version aussi brute que sensible du Printemps. Une très belle découverte, un temps fort de Shake La Rochelle.

Parmi les autres temps fort de ce festival sur lequel il faudra désormais compter : Cabine d’essayage de Jessica Noita, prix Beaumarchais-SACD en 2017 ; Douar, classique du répertoire de Kader Attou ; Ma Classe’hip hop de Céline Lefèvre ; Zig Zag d’Alexandra N’Possee ou encore la table ronde autour de l’Identité et appartenance.

Et plus si affinités :

http://shakelarochelle.com/

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