Sarcellopolis : une utopie qu’il n’aurait pas fallu tuer …

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Chômage, crise, terrorisme, … tous les prétextes sont bons pour justifier le réflexe du repli identitaire, cette bonne vieille peur de l’Autre qui a pourri la vie de l’Humanité depuis qu’elle occupe la planète. Causes de toute les dérives, des pires violences, le racisme, l’intolérance, iniques et injustifiables, continuent de s’inviter dans notre modernité. Une fatalité ? Non et le documentaire Sarcellopolis le signale avec fermeté et beaucoup de pertinence :

Sarcelles, le Val d’Oise, des barres d’immeubles, des graffiti, des terrains vagues, une réputation déplorable de cité dortoir, où végètent les petits fils d’immigrés, la délinquance chronique … en retraçant l’histoire de cette commune, Sébastien Daycard-Heid démonte l’image d’Epinal véhiculée par les media et les politiques. A l’orée des années 60, Sarcelles était un modèle de modernité et d’avant-garde, au niveau urbain et social. Une utopie concrète.

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Dans des bâtiments spacieux destinés à la classe moyenne comme aux élites, se mêlaient les cultures, les origines et les générations, sans distinction et dans la convivialité. Les différents et les communautarismes sont venus avec le temps et la dégradation d’équipements abandonnés par l’État. Ce lent délabrement, plusieurs citoyens en parlent, avec regret et émotion. Musulmans, juifs, arméniens, africains, indiens … ce sont 70 nationalités qui ici se côtoient …

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Laboratoire de la diversité, Sarcelles incarne une richesse perdue, dont on se souvient avec nostalgie et un brin d’agacement, un net sentiment de frustration devant ce gâchis, mais également l’espoir que cette osmose se réactive dans un élan citoyen et politique. Prolongé par un site interactif où il est possible de continuer le voyage amorcé dans le documentaire, Sarcellopolis montre les différents visages d’une ville qui veut vivre malgré tout, échapper au destin qu’on lui a tracé et dont elle ne veut pas.

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« Il faut se réveiller » crie une habitante qui milite dans les allées du marché. Le vote comme moyen de reprendre les choses de la cité en main, de se réapproprier l’espace où l’on vit, d’abolir les grilles et les digicodes qui annulent le dialogue … refusant le tout sécuritaire, les sarcellois regrettent ne plus vivre ensemble, d’en être réduits à exister sans se rencontrer. Sarcellopolis d’un constat amer tire donc un espoir, en offrant une leçon dont nous avons grandement besoin.

Et plus si affinités
http://sarcellopolis.com