SAMO, A tribute to Basquiat – Laëtitia Guédon : couronne, rate, Buick… esquisses et prémices artistiques

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La jeune metteur en scène et nouvellement directrice des Plateaux Sauvages, Laëtitia Guédon nous livre avec sa dernière création une partition sensuelle et sensible sur les débuts du célèbre peintre américain Jean-Michel Basquiat. SAMO, A tribute to Basquiat s’attarde sur les premières armes de l’artiste dans le New-York des années 80. Artiste protéiforme, avant d’être une des figures majeures du mouvement underground new-yorkais, il graffite, écrit sur les murs de la ville sous le nom de SAMO (Same Old Shit).

Laëtitia Guédon a choisi de mettre cette période en lumière à l’aide de six artistes. Six hommes qui défendent tous une part de Basquiat et font référence à son univers artistique intime à travers le leur. Blade MC Alimbaye, beat-boxer, musicien performer, incarne Gérard Basquiat le père de Jean-Michel. Il est aussi la figure prophétique traversant le texte de Koffi Kwahulé. L’auteur ivoirien est celui qui, à la demande de Laëtitia Guédon, a mis en mots les débuts de l’artiste, créant ainsi la partition orale de Blade MC Alimbaye et du comédien Yohann Pisiou. Ce dernier incarne Jean-Michel Basquiat. Un homme touché par la violence et l’indifférence de son père comme par la folie de sa mère. Des figures tutélaires issues de la middle class américaine, dont il s’est vite affranchies en fuguant jeune, mais à qui malgré tout, il restait fidèle. Sans doute par ce qu’ils étaient mus, eux aussi par l’art. En effet, sa mère l’emmenait visiter les musées et c’est grâce à son père qui écoutait du be-bop, que peinture et musique ont très tôt fait partie de sa vie, de son monde, de son environnement. Le jazz, et plus particulièrement la musique de Charlie Parker, irriguent toute la vie de Jean-Michel Basquiat. Il fondera d’ailleurs dans cette même période, avec Vincent Gallo, le groupe Gray qui se produira dans différents clubs.

Appuyée par l’écriture de Koffi Kwahulé (dont l’œuvre est elle aussi emprunte de musique jazz, celle de Coltrane et de Monk), Laëtitia Guédon a proposé au saxophoniste Nicolas Baudino de composer, avec Blade MC Alimbaye, une partition musicale qui serait à l’image de cet univers sonore cher à Jean-Michel Basquiat. Elle a aussi convoqué le danseur et chorégraphe, Willy Pierre-Joseph afin d’incarner la figure de SAMO, ses errances (il marche dans la rue à la recherche du lieu, de la bonne place pour écrire, graffiter), ses silences (il ne répond à aucune interview). Willy Pierre-Joseph balade ce corps dans les rues. Il est la rue. A la fois explosif, retenu, décontracté, à l’image de la danse que Jean-Michel Basquiat maîtrisait parfaitement et pour laquelle il était reconnu dans les clubs new-yorkais. Enfin, Laëtitia Guédon a fait appel au vidéaste Benoît Lahoz. Véritable tableau lumineux mouvant mêlant portraits, onirisme, matières, les images de Benoît Lahoz ajoutent une dose supplémentaire de sensualité à la pièce.

SAMO, A tribute to Basquiat est une création collective où l’art de chacun contribue à donner corps à la singularité de Jean-Michel Basquiat. La sensibilité de ce dernier y est exacerbée par le déploiement de tous les sens. Les mots, les sons, les images, les corps immobiles en mouvements sont autant d’objets magiques et poétiques qui donnent la mesure de l’univers artistique émergeant de Jean-Michel Basquiat, mais aussi de la personnalité hypnotique grandissante qui le caractérisait. Quand bien même sa vie fut courte (il appartient au fameux funeste club des 27), Jean-Michel Basquiat fait partie de ces personnes incarnées à l’aura exceptionnelle. Il est de ce fait pertinent de s’intéresser aux débuts de son parcours, aux éléments constitutifs et inhérents d’une telle personnalité. Jean-Michel Basquiat, dans les années 80, erre dans les rues, côtoie la pauvreté et s’essaie à tout. Il imprime son pas dans tous les domaines qui le meuvent. Très tôt persuadé qu’il sera célèbre, il fait de tout acte un acte artistique. Son engagement est complet.

Le choix de Laëtitia Guédon de mettre en scène cette puissance artistique à travers différents corps et différentes matières, est à l’image de cet instinct vital créatif propre à l’artiste afro-américain, né d’une mère portoricaine et d’un père haïtien. Toutes ces matières se superposent, se télescopent, se font la cour, se nourrissent les unes les autres, on perçoit dès lors cette impossibilité de cloisonner l’artiste dans un seul cadre. Grâce aux six artistes menant l’aventure Basquiat, Laëtitia Guédon fait dialoguer la part intime et sociale du peintre. L’exceptionnelle révolte et l’intangible envie de survivre, d’être quelqu’un, l’animent sans cesse. La musique de Nicolas Baudio et de Blade MC Alimbaye, les corps et les voix de ce dernier ainsi que de Yohann Pisiou et Willy Pierre-Joseph au plateau sont à l’image de cette intranquillité et énergie vitale. Peut-être que parfois les éléments se télescopent-ils un peu trop ? Il y a par moment un encombrement du champ visuel qui peut faire perdre le fil. Mais la magnétique présence du comédien Yohann Pisiou, à la ressemblance troublante avec le peintre, redonne la tension nécessaire pour ne pas lâcher et continuer d’explorer l’essence d’un être en chemin. Les mots de Koffi Kwahulé participent brillamment à faire entendre cette voix elle aussi en mouvement.

Et puis, c’est aussi à l’image de tout ce qui nourrit Jean-Michel Basquiat et de tout ce qu’il traduit. Sa peinture s’inscrivant partout de la porte du frigo à la télévision. Il y a chez lui une forme de boulimie artistique jaillissante dans tout ce qui le touche et dans tout ce qu’il touche. Jean-Michel Basquiat est chargé de ce qu’il vit et perçoit du monde. Il est mouvement. Et sa peinture, comme sa musique et sa danse s’en ressentent. Au regard de ces éléments, SAMO, A tribute to Basquiat est un bel hommage à l’artiste trop tôt disparu. Un hymne à un homme debout. A voir pour qui aime l’artiste, les arts, la création collective.

Et plus si affinités

http://www.lalogeparis.fr/programmation/1209_samo-a-tribute-to-basquiat.php

Prochaine date au Théâtre Victor Hugo à Bagneux, le vendredi 21 avril 2017.

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