Rouge Venise : la Sérénissime entre théâtre, grandiose décadence et meurtres en série

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Alors que le carnaval bat son plein à Venise, envahie par les masques de pacotille et les touristes en goguette, voir ou revoir Rouge Venise s’impose, pour percevoir ce que le Carnaval représentait réellement au temps jadis, quand la Sérénissime était encore une puissance reconnue et plus seulement une ville musée.

Tourné en 1988, le film d’Etienne Périer met en scène le jeune Carlo Goldoni, avocat sans le souci, passionné de théâtre et fermement décidé à balayer le genre mourant de la comedia dell’arte pour offrir un patrimoine dramaturgique digne de ce nom à l’Italie. A ses côtés, le peintre Tiepolo et le compositeur Vivaldi, compagnons de beuverie et amis de toujours, perdus dans cette fête perpétuelle qu’est la Venise baroque. Or ce tourbillon d’amusements, d’opéras et de débauches va être perturbé par une série de meurtres au poignard, tous signés d’un mouchoir rouge par un mystérieux Masque dont les victimes sont toutes des connaissances de ce pauvre Goldoni, que très vite on suspecte. L’auteur va donc devoir enquêter afin de se disculper et de mettre fin à l’hécatombe. Ses seules armes : son intelligence, son audace … et sa plume.

Fiction policière à rebondissements, Rouge Venise a le mérite de situer ce suspens plein de fantaisie dans une ville emblématique, au moment où doucement elle glisse dans la décadence. Haut lieu de la prostitution et du jeu, la Sérénissime de Goldoni rayonne également par la beauté de son architecture, la créativité de ses artistes, alors que son système politique fondé sur une République des élites est en déclin, que sa société s’effondre dans les malversations et l’hypocrisie. On appréciera la beauté des décors, des costumes, le rythme effréné du film, son humour léger, l’enchaînement des péripéties et des situations évoquant la logique des comédies de Goldoni aussi bien que cet esprit vénitien que l’auteur restitua dans ses œuvres. L’interprétation est à l’unisson, avec notamment le bouillonnant Wojciech Pszoniak incarnant un Vivaldi intenable et frénétique, cocasse au plus haut point.

Point le plus appréciable, le réalisateur met constamment en avant ce lien puissant que la cité entretenait alors avec le théâtre et le divertissement : partout des comédiens, des chanteurs, des amuseurs, des compositeurs, des auteurs … n’est-ce pas en ces lieux qu’on fonda l’une des premières salles d’opéra ? Ainsi la ville est une gigantesque scène où chacun a son rôle à jouer, qu’il soit acteur ou non. Sauf qu’ici les acteurs et les artistes en général sont bien plus honnêtes et fiables que les dirigeants de cette vaste pantalonnade, dont ils dépendent néanmoins pour être mécénés et protégés. Dans ce contexte la démarche de Goldoni et ses amis interroge l’autonomie du créatif … et sa grande clairvoyance.

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