Rillington Place : « Reg » Christie, l’intimité d’un étrangleur

On dira ce qu’on voudra, les britanniques ont le chic en matière de séries TV, et encore plus quand il s’agit d’évoquer leur patrimoine historique pour le meilleur et pour le pire. Dernier opus en date qui prouve leur talent en la matière, le magistral Rillington Place qui nous plonge dans le quotidien du tueur en série John Reginald Christie.

Certes moins célèbre que Jack l’Éventreur, Christie a néanmoins passionné les foules pour avoir étranglé cinq femmes dont son épouse puis avoir caché leurs corps en différents points de son logis situé 10 Rillington Place à Londres. Nous sommes à l’aube des années 50, dans une Angleterre qui peine à se remettre des bombardements nazis, et le monsieur, ancien membre de la marée chaussée, passe inaperçu, affichant un air de respectabilité doublé d’un flegme tout britannique, ce qui facilitera bien évidemment ses meurtres. Manipulateur en diable, ce pervers ira jusqu’à faire accuser et condamner son jeune voisin à sa place, le condamnant ainsi à l’échafaud.

C’est ce profil atypique et dangereux que le réalisateur Craig Viveiros explore, trois épisodes durant. Oubliez le spectaculaire, le voyeurisme, la surenchère : c’est un portrait fouillé et énigmatique qu’on dessine ici, servi par l’interprétation flamboyante d’un Tim Roth plutôt connu par nos contrées pour ses prestations baroques et sanglantes chez Tarantino. Ici, c’est sa retenue, son contrôle, cette lueur étrange, menaçante qui brille parfois dans son regard bonhomme qui frappe, dérange au plus haut point. La métamorphose du vieillard paternel au tueur froid et brutal est saisissante, doublée d’un cynisme effrayant.

Face à ce monstre qu’elle surnomme « Reg », Samantha Morton incarne Ethel l’épouse naïve, qui devine le pire, mais refuse de l’admettre, n’hésitant pas à couvrir les débordements de son mari, dont elle soupçonne la violence mais l’excuse … Une version dont on ne saura jamais la véracité, Ethel ayant été étranglée par son mari avant de finir à pourrir sous le parquet de la salle à manger. Reste le champ des possibles, et l’opportunité de questionner ce qui a bien pu rattacher ce type insaisissable et cette fille un peu simple, jusqu’au point de non retour. Tout se joue dans les regards, le jeu des mains, la torsion des doigts sur le mouchoir avec lequel Ethel essuie des larmes de peur et d’impuissance.

L’ensemble se joue dans cet appartement sordide, aussi minable que ce tueur pathétique, à l’égo surdimensionné. Une tragédie digne d’un Beckett, lourde, oppressante, qui joue sur les ellipses, nous place du point de vue de l’entourage du tueur. Le spectateur ressent ce mélange de fascination, cette violence à fleur de peau, cette menace latente, dans une semi pénombre malsaine, la crasse de murs défraîchis dont le papier peint passé s’affaisse progressivement comme une peau morte. On ne décroche pas d’une seconde le long de ce récit captivant et horrible à la fois, qui traite avec beaucoup de subtilité la question de la folie meurtrière, de la place du psychopathe dans la société.

Et plus si affinités

http://www.bbc.co.uk/programmes/b084k4p1

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire