Il revient quand, Bertrand ? Vaudeville numérique et amertume de la séparation

Éternel étudiant, pantouflard et romantique, Bertrand vit un véritable séisme : sa Magalou chérie d’amour vient de lui signifier un renvoi momentané, dit-elle, le fameux « break » que redoutent tous les amants et qui tend à se généraliser dans notre société moderne. Largage numérique, affaires et cartons abandonnés dans le débarras, notre héros est zappé au profit d’un bellâtre colocataire qui pourrait bien lui piquer sa place. Remonter le fil de ses conversations messenger et de son profil Facebook ne sert de rien sinon envenimer la blessure qui le frappe.

Un temps terrassé, ce touchant binoclard reprend du poil de la bête quand il croise Gus, le locataire du dessus, geek aux penchants espionno-militaires qui vit reclus dans sa soupente, profitant de ses talents informatiques pour surveiller le quotidien de ses voisins. Au départ outré par ces procédés peu civiques, Bertrand va tirer partie des conseils et savoirs de son nouvel ami pour entreprendre la reconquête de la donzelle. Le tout via la toile, les réseaux sociaux et une mise en application rigoureuse de L’Art de la Guerre à la mode Hugh Grant.

Vous l’aurez compris, ce scénario signé Hélène Lombard et Julien Sibony, réalisé par Guillaume Cremonese avecl’appui de Once Upon et propulsé par septième films, LM Productions et ARTE France a tout de la déjante complète. C’est qu’il va ramer, notre Bertrand, inventant un périple planétaire pour redorer son blason, se laissant avaler par l’illusion numérique, comme l’aurait fait en son temps un anti-héros de Feydeau, enchaînant les mensonges pour ramener madame à un peu de bon sens, assistant impuissant par écran interposé à la fuite affective de la belle traîtresse.

Bref il se forge une vie qu’il n’a pas, à coups de photos retouchées, de skype confs bidonnées, de twittos et de sms décalés. Est-ce bien raisonnable ? La Magalou en vaut-elle la peine au final ? Seul moment de lucidité dans cette course effrénée, Bertrand, dix secondes durant,se dit que c’est mieux ainsi, qu’il faut lâcher, que c’est une opportunité d’aller voir ailleurs, … juste avant de replonger de plus belle. Pas très adulte, tout ça ? Sauf que nous aussi avons tous ce réflexe, désormais facilité par l’outil internet. Et si cela fait rire, cela fait aussi un peu honte.

Et mal au coeur, car en filigrane, on comprend à quel point cette virtualité des rapports grignote nos véritables temps de vie, la sincérité des liens, le vécu concret, la droiture des valeurs et des sentiments, pour banaliser le mensonge, l’envie, l’orgueil, la manipulation, l’immédiateté … comment ne pas avoir une petite boule dans la gorge, en lisant les messages de ces amoureux, depuis la séparation jusqu’aux premiers émois, lus à rebours ? Et si cela nous arrivait ? Que ferions-nous ? Même si le ton est au comique, Il revient quand, Bertrand ? porte cette amertume, jouant très subtilement avec cette angoisse que nous avons tous de la séparation et du rejet.

Et plus si affinités

http://creative.arte.tv/fr/series/il-revient-quand-bertrand?language=fr

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