Revenge : Lolita Furiosa !

L’histoire est tristement classique : une jolie fille suit son amant dans sa villa isolée en plein désert pour un week-end torride ; les deux potes de l’amant débarquent plus tôt que prévu pour deux jours de safari. La belle leur tape dans l’œil. Viol, meurtre de la victime qu’on balance depuis une falaise pour éviter qu’elle ne dénonce ses agresseurs, chefs d’entreprise prospère, maris heureux et pères de famille bon teint, à la justice ; sauf que la donzelle, non seulement survit, mais en prime se métamorphose en un croisement particulièrement brutal de Diane chasseresse, de Furiosa madmaxienne et d’amazone enragée, pour faire rendre gorge à ses bourreaux !

Voici donc le pitch très « rape and revenge » du premier film de Coralie Fargeat, baptisé sobrement et à raison Revenge. La scénariste/réalisatrice se défend pourtant d’avoir flirté avec ce sous-genre ultra violent et atroce dont La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven constitue une émanation initiale particulièrement secouante. Ici il s’agit plutôt d’une émancipation féministe en accéléré, face à une suprématie masculine qui s’avère primitive. Aussi riches et policés soient-ils, nos trois zozos s’avèrent au final des hommes des cavernes, des mâles excités qui veulent affirmer leur domination en conquérant l’unique femelle de la meute.

Femelle réifiée, qui pourtant comptait bien vivre ses propres fantasmes avec qui elle désire, pensant être considérée et respectée comme un individu à part entière. Elle comprend vite que « Non » veut dire « oui » pour certains, et parce qu’elle refuse de la fermer, se retrouve empalée sur un arbre mort au milieu de nulle part. C’est bien connu, une victime de viol morte ne peut dénoncer ses tortionnaires. Tortionnaires bien ennuyés quand ils découvrent que la belle s’obstine à survivre, peyolt à l’appui. S’ensuit une chasse du comte Zaroff aux forts relents de Duel au soleil, où la proie se révèle une pisteuse furieusement létale.

Et qui semble s’épanouir dans le meurtre, explosant sans un mot mais avec force rugissements la tronche de ses violeurs et les poncifs que la féminité se trimballe depuis des siècles, Madone pop accrochée au mur, pomme croquée par une Eve pour endosser le péché du mâle (après tout, Adam a peut-être forcé la femme initiale sous l’arbre de la Connaissance), rose Barbie et bleu Ken, jusqu’à la sucette de la Lolita de Kubrick. Dans une ambiance saturée de couleurs presque suffocantes, où la tensions exsude par tous les pores, le montage est marathonien, le rythme apocalyptique, Jen régresse à l’état de femme primale, de déesse dévoratrice, version trash de la Ursula Andress en bikini sur la plage de Dr No, de la Raquel Welch en peau de bête de Un million d’années avant J.C.

Désirable ô combien, inaccessible et prête à en découdre avec l’avenir. L’image, servie par une Matilda Lutz organique et complètement fêlée, sculptée par une Coralie Fargeat inspirée et audacieuse dans sa réal, devrait rester durablement dans les mémoires, au commencement de ce XXIeme siècle qui sera féminin ou ne sera pas.

Et plus si affinités

http://www.rezofilms.com/distribution/revenge

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