Reflet d’artiste – Enemy of the enemy : les cavaliers de l’apocalypse ?

Empty

« I’m just empty in my mind, empty in my soul, don’t know where I come from but I know where I go.

Empty of memories full of pain, that’s the way I go and that’s how I’m goin’ to the top of the world.

I don’t remember anythin’ of my past livin’. Don’t know where I come from I know where I go.

Empty of memories full of pain, that’s the way I go and that’s how I’m goin’ to the top of the world ».

Vous l’aurez compris en parcourant cette vidéo, en lisant ces paroles, chers lecteurs, des mecs capables de signer ce genre de musique, ça ne court pas les rues … encore moins dans l’univers du métal.

Exit bouffeurs de poussins et autres dévoreurs de chair non identifiée, les Enemy of the Enemy explosent le mythe du métaleux graisseux et sataniste pour nous servir un style autrement plus ténébreux, mêlant sans complexe et avec le plus grand talent accents rap et énergie metalcore. Un mix dévastateur dont je découvre les ravages mélodiques en septembre 2010 durant les festivités de Choisy le Roi, leur berceau.

La scène en tremble encore, moi aussi qui signais là mes premières photos de presse, agenouillée sur les planches, le bide secoué par les vibrations des basses me remontant le long des cuisses. Et quand Adrian, leur chanteur à la tête de wolverine entonne « Living deads » pour asséner « Keep your distances you must fear. Fear of the Enemy who will kick you off”, croyez-moi il vaut mieux prendre l’avertissement au sérieux.

Car il faut bien le reconnaître : non content d’être talentueux, nos quatre apocalyptiques chevaliers ont du charisme. Un charisme noir, celui des modernes lycanthropes, profondément torturé, violent, … pas la violence outrancière et pyrotechnique des grandes messes métal, non, une violence intériorisée, larvée, un cobra noir ancré dans le tréfonds de l’âme, un chien enragé qui saute à la gorge au moment où on ne l’attend plus. Un vénéneux reflet de nos peurs, de nos doutes, de nos traumatismes, de nos vanités.

Formé en 2008, le groupe a progressivement forgé un univers où voisinent la folie d’ American Psycho, la rage de Fight Club, le chaos de L’Armée des morts. Les extrêmes d’une société en décomposition dont l’album Garbage Society sorti tout récemment scande la démesure. Un hasard ? Non, je les ai vu hors scène, … des bosseurs, réguliers, convaincus, acharnés, habités, nourris d’influences multiples où le ska voisine avec la musique classique, le jeu vidéo avec les survivals. Des morceaux répétés maintes et maintes fois, un réel travail de composition, une recherche au niveau des rythmes, de la voix, de la diction.

En huit mois, je les ai vus muter, mes loups-garous. En studio, en salle de répète, sur scène. Une scène sur laquelle ils prennent leur ampleur de dieux en devenir. « I spread my sound everywhere like a conqueror, eatin’ everyone who’s on my road like a predator” prophétisent-ils dans “As the sun”. Beau programme démiurgique en perspective, qui méritait bien une lecture approfondie en mode face à face. Enjoy !

Parcours

  • Pouvez-vous vous présenter ? De quels horizons musicaux êtes-vous issus ? Quelle est votre formation en ce domaine ?

 

ZarC : batteur, je suis saxophoniste à l’origine, j’ai démarré la batterie avec Enemy. Avant j’ai été principalement dans des groupes de ska et punk. J’ai suivi une formation en conservatoire au sax, entre autres en Jazz, pendant pas mal d’années.

BnV : guitariste, tromboniste classique/musique actuelle à l’origine ; j’ai commencé la guitare au lycée dans un groupe de punk, puis ensuite participé à plusieurs formations punk/hardcore afin d’arriver à Enemy Of The Enemy.

Adri : chanteur, batteur à l’origine. Formation en percussions classiques et batterie (jazz, rock, …) au conservatoire, chant dans un groupe vocal d’enfants puis d’ados (opéras, comédies musicales, gospel, jazz, …). Plusieurs groupes plutôt rock à la batterie et/ou au chant.

BoufBaf : bassiste du groupe, formation musicale classique étant jeune, puis poussé contre une basse aux prémices d’Enemy.

  • Enemy of the enemy : pourquoi ce nom ? Quand et comment le groupe s’est-il formé ?

 

A l’origine, on est une bande de potes, certains jouaient déjà ensemble avant le début d’Enemy. On a créé Enemy Of The Enemy comme un groupe de reprise de fusion, on jouait du Cypress Hill, Limp Bizkit et Rage Against The Machine; rapidement les premières compos ont vu le jour assez naturellement. Le nom, c’est venu en écoutant pas mal d’Asian Dub Foundation, c’est le titre d’un de leurs albums, et ça correspondait assez à ce que l’on faisait, le délire Enemy/Amis « on te rentre dedans » nous a plu, du coup on a gardé. En partant du principe qu’on est en désaccord avec pas mal de choses dans notre société actuelle, il y a bien une histoire de rivalité dans tout ça. Mais c’est pas nous les méchants, on est vos amis, les ennemis de votre ennemi.

Musique

  • Votre musique mêle hip hop et métal : pourquoi avoir choisi ces genres musicaux alors que vous êtes issus de formations plutôt classiques ? En quoi votre musique est-elle spécifique ?

 

Même si en apparence on est issus de formation « classique », on a été bercé par ces genres musicaux. Que ce soit le rap ou le métal, ce sont deux styles qui correspondent à l’époque dans laquelle on vit, à notre génération. On a tous évolué dans des groupes de punk ou métal dès le départ, Adrian était batteur dans un groupe de rap bien avant la création d’Enemy, BnV a évolué dans quelques groupes de métal et ska-punk, de même pour ZarC. C’est notre formation plus « classique » qui fait qu’aujourd’hui on ajoute à ces styles d’autres horizons, d’autres façons d’appréhender la musique.

 

 

  • Quelles sont vos différentes sources d’inspiration ?

 

On écoute vraiment beaucoup de choses différentes. ZarC est plus hardcore, BnV metal, Adrian hip/hop, electro (D&B, dubstep, tek, …) et Fab plutôt bière qui siffle, et rots des autres. Après on écoute vraiment de tout.

 

  • Qui compose les mélodies ? Comment les travaillez-vous ?

On a tous des idées qu’on forme chacun dans son coin. Puis en répète tous ensemble nous aménageons les compos, rajoutant ou modifiant des idées, riffs, parties, ça dépend des humeurs.

 

Textes

  • Qui les écrit ? Pourquoi avoir choisi l’anglais ?

Principalement Adrian, mais quand BnV est motivé il participe aussi. L’anglais, parce que pour nous ça reste la langue « musicale », les groupes qu’on aime chantent en anglais, et c’est une langue internationale ; on a l’ambition d’être écoutés par un autre public que le public français, donc l’anglais est un peu un passage obligatoire.

 

  • Vos chansons frappent par la technique de scansion adoptée par Adrian votre chanteur : comment travaillez-vous le texte pour obtenir cet effet ?

Adrian n’attache pas trop d’importance à la « profondeur » des textes, mais plutôt aux sonorités des mots. Certes, les textes ont un sens (la plupart du temps…), mais la priorité est le flow, les rythmes et les accents. Les rimes et les rythmes, c’est ce qui donne envie de bouger, le côté musical du chant « rapé ».

 

  • Garbage society : à l’image du titre de votre album, vos textes évoquent à la fois la violence intérieure, l’affrontement perpétuel, la douleur physique et morale, la décomposition de la société : Pourquoi cette noirceur teintée d’une ironie mordante ? Quel message voulez-vous transmettre à votre public ?

 

Des sentiments du moment, la vie de tous les jours, des moments vécus, des visions un peu post-apocalyptiques, des cauchemars… On est là, vous allez entendre parler de nous même dans votre sommeil et dans votre tombe. Y a pas de message véritablement, le public vient car il se retrouve dans la musique qu’il entend. On dégage de la violence, le public vient pour trouver une certaine violence, et ça correspond à une violence générale, c’est la société dans laquelle on vit qui fait ça, nous on ne fait que participer à un mouvement global.

 

  • « As The Sun », « Living Deads », … ces chansons notamment évoquent votre musique comme un moyen de perdurer dans le temps, de conquérir une éternité, tout en frappant et en dominant le public. Pour vous, que représente la musique ?

C’est un moyen de s’évader de la noirceur de la société dans laquelle nous subsistons péniblement. Il s’agit tout simplement de survie pour nous, notre défouloir, un  rêve qui se réalise.

Garbage society

 

  • Il s’agit là de votre premier album. Dans quelle circonstance l’avez-vous enregistré ?

 

On a enregistré un premier EP en 2008, on souhaitait passer à autre chose de plus abouti. Du coup on a passé une semaine enfermés au Groovy Studios, avec Andrew à la table, pour pouvoir sortir quelque chose de satisfaisant musicalement. On est plutôt contents du résultat.

 

 

  • Quels problèmes avez-vous rencontrés ?

 

Aucun en particulier, excepté peut être le manque d’argent et de temps, on était autoproduit et donc limité par le budget, mais ça s’est globalement super bien déroulé malgré tout.

Concerts

  • En quoi les concerts constituent-ils un moment important pour vous ?

 

On a créé le groupe avant tout pour la scène, notre plaisir principal c’est ça. On conçoit chaque morceau par rapport à ce qu’il va rendre sur scène, à l’énergie qu’il dégage et ce qui peut en ressortir. Pour l’instant, nos morceaux sont joués en live avant d’être enregistrés. Plus tard ça sera l’inverse, on composera pour un album avant de penser à l’aspect live. Les concerts, c’est les seuls moments où on peut partager notre musique directement et surtout voir la réaction en direct.

 

 

  • Textes sombres, musique puissante, rythmes décalés, musiciens charismatiques : Comment travaillez-vous vos passage sur scène ?

 

Avec beaucoup de répétitions, aussi bien musicales que scéniques. On puise l’énergie dans notre musique, ses textes et on retransmet tout ça sur scène.

Projets

  • Premier album, dates de concert : quel est votre prochain objectif ?

 

On vient d’achever Garbage Society, donc pour l’instant l’objectif principal est bien sur de tourner un maximum avec cet EP, nous faire connaitre et se forger un nom si possible. Bien sur on pense déjà au premier album, mais on va attendre un peu avant de retourner en studios. On a déjà beaucoup de choses à faire à partir de ce que l’on a.

 

  • Aujourd’hui, de quoi avez-vous besoin pour progresser dans ce sens ?

Ce qui nous manque le plus aujourd’hui, rien de plus simple ! C’est des contacts, un label, un manageur et un tourneur qui nous permettent de trouver un maximum de dates et nous diffuser le plus largement possible.

 

Merci à Enemy of Enemy

 

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