Quand le Rinaldo de Haendel investit le Bateau Feu …

Crédits photos : Le dragon © C. Loiseau / création Rinaldo © Pascal Perennec

Souvenez-vous : Printemps 2014, le Bateau Feu – Scène nationale Dunkerque inaugure ses nouveaux locaux dont nous avons suivi les travaux un an durant. Une renaissance flamboyante pour une infrastructure obsolète, soudain surgie de ses cendres pour prendre l’allure d’une théâtre de magnifique facture, aux équipements ultra-modernes. Alors directrice des lieux, Hélène Cancel ne cache pas ses ambitions culturelles, affirmées avec le spectacle de lancement, le magistral Roi Lear de Schiaretti, auquel nous assistons bouche bée.

Quatre ans ont passé : Hélène Cancel est partie vers d’autres cieux, laissant la direction du théâtre à Ludovic Rogeau, mais l’esprit d’une programmation d’exigence est ancrée dans l’ADN du lieu. En témoigne Rinaldo, l’opéra de Haendel, joué en février 2018 et depuis retransmis sur Culture Box où nous en savourons l’étonnante qualité. A la source de cette production, la co[opéra]tive et l’ensemble baroque Le Caravansérail qui confient la direction musicale au claveciniste Bertrand Cuiller et la mise en scène à Claire Dancoisne. Et le résultat est pour le moins fracassant.

Inspiré de La Jerusalem délivrée du Tasse, l’œuvre contient certains des airs les plus célèbres, les plus virtuoses de Haendel, composés pour injecter l’opéra à l’italienne dans le cœur du public anglais du XVIIIeme siècle ? Nous sommes en 1711, et les mésaventures amoureuses et militaires de Rinaldo confronté à la perfide Armide ont tout pour plaire : attirances débridées, minauderies, enchantements et monstres d’un côté, amour pur, courage, droiture et grandeur d’âme de l’autre. Rinaldo, fort épris de sa belle Almirena, luttera contre vents et marée pour retrouver celle qu’on lui a ravie.

Et Claire Dancoisne de nous raconter cette aventure merveilleuse en s’inspirant des Puppi siciliennes, ces grandes marionnettes vêtues d’armures qui jouent depuis des siècles la geste des chevaliers partis en Terre Sainte. Fardés, déformés par leurs parures folles, drapés de terre et de feu de terre et de feu, transformés par un perpétuel mouvement d’ombre et de lumière, les artistes se glissent dans des machineries grandioses, tantôt créatures fabuleuses, tantôt prison. Des marottes de cartons et de tissu leurs servent d’alter égo, évoquant le chant des sirènes tentant en vain de séduire les héros. L’ensemble est à la fois drôle, poétique et superbement interprété par des chanteurs émérites et impliqués dans leurs rôles.

Paul-Antoine Bénos, Emmanuelle de Negri, Lucile Richardot, Aurore Bucher, Thomas Dolié se donnent la réplique dans un feu d’artifice de prouesses vocales, qui accentuent encore le caractère fantastique du récit … et la fantaisie qu’elle porte. Car si Haendel se saisit du Tasse, c’est surtout la dimension amoureuse de l’intrigue qui l’intéresse, qu’il traite souvent avec ironie, en regard d’une brutalité guerrière dont il se moque tout autant. Joueur et malicieux, le compositeur donne à voir des chevaliers embobinés par des enchanteresses, des amoureux transis un peu benêts, des épouses d’une candeur d’enfant … comme si des gamins réfugiés jouaient ces péripéties avec des pantins poussiéreux retrouvés dans une vieille malle.

Tandis que Claire Danscoine réveille ainsi notre âme d’enfant, Bertrand Cuiller prend en main la direction musicale pour dynamiser le récit, et faire ressortir le côté rock’n’ roll d’un Haendel adepte des rupture de cadences et des mélodies ultra travaillées. L’ensemble est absolument savoureux et ne peut que conquérir les cœurs. Il a par ailleurs l’avantage de sortir la production lyrique de ses temples habituels pour l’introduire dans un lieu culturel qui dévoile ainsi sa vocation et son sérieux en la matière, mettant l’opéra à la portée de tous quand on voudrait l’enclaver dans un élitisme erroné.

Et plus si affinités

https://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/rinaldo-de-haendel-par-claire-dancoisne-275427

http://www.lebateaufeu.com/archives/2017-2018/7-opera/216-rinaldo.html

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