Les putes voilées n’iront jamais au paradis – Chahdortt Djavann : voyage au bout de l’enfer des mollahs

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Dernier livre de Chahdortt Djavann, écrivain essayiste iranienne, Les putes voilées n’iront jamais au paradis expose et dénonce ce qu’on cherche à taire : Sarah et Soubadeh sont deux amies d’enfance d’une beauté sans pareil qui vont vivre l’enfer de la prostitution. Dans une atmosphère digne d’un thriller, elles racontent leur histoire et leurs désirs. Dans un style cru, parfois vulgaire mais toujours proche de la réalité, elles évoquent le fonctionnement de la prostitution dans le cadre d’un régime islamique, sans détours ni faux semblant. Leur parole révélée constitue une critique sans pitié de l’obscurantisme et du fanatisme religieux. Attirant et inquiétant à la fois, l’Iran est un berceau culturel, un pays aux mille visages, situé sur la route de la soie, illuminé par l’antique Persépolis, sa capitale en pleine transformation. Or dans le livre de Chahdortt Djavann comme dans le film de Takmim Homayoun, on met en lumière l’hypocrisie d’un régime religieux obscurantiste et les contradictions de ses pratiques sexistes et abusives.

Parole aux femmes donc : cachées sous leur tchador, elles expriment leur besoins sexuels, leurs désirs, leurs envies. Aucun tabou n’est épargné, elle se confient avec honnêteté et extravagance, mais de la masturbation à l’amour conjugal sans plaisir, elles doivent se plier à un islam strict et en subissent d’autant plus la violence qu’elles sont réduites à la prostitution, classe méprisée et maltraitée :  » vous voulez connaître une société ? Faites parler ses prostituées ! » confie Sara page 151, … Sara qui finira assassinée. Considérée comme un crime, la prostitution est punie de lapidation et les « bons religieux » n’hésitent pas même dans une entreprise de « nettoyage » pour éradiquer ces « mauvaises » femmes en réclamant leurs vies. Progressivement le lecteur découvre tout ce qui oppose la population au régime autoritaire qui la gouverne d’une main de fer. On en apprend plus sur le Shigeh qui permet de aux hommes de multiplier les partenaires en dehors des unions officielles. A l’inverse toute femme accusée de relation extraconjugale est condamnée à mort. « Même les assassins sont mieux traités que nous. Les femmes ne sont pas respectés dans ce pays, alors les prostituées vous imaginez … »

Cette vision crue et désinhibée nous fait forcément réfléchir sur le statut de la femme et l’égalité des droits dans nos sociétés occidentales. Le livre engendre le malaise, l’indignation … mais qu’en est-il au juste de nos propres contradictions d’occidentaux ? « Tout scandale occidental est bon pour nous. Les images et les infos de l’Occident décadent et désillusionnent notre jeunesse, l’occupent et canalisent sa grogne » En Iran, plus il y a d’interdit, plus ils sont transgressés ; est-ce encore le cas dans notre univers libéral ? Les prostituées d’Europe ne sont elles pas elles aussi battues, humiliés, clandestines, droguées, en danger ? Ainsi Chahdortt Djavann dénonce aussi bien l’oppression vécue par les femmes dans son pays natal comme ailleurs. Voilée de force, emprisonnée à 13 ans pour avoir manifesté contre les mollahs, elle se bat depuis avec acharnement contre le fanatisme. Son précédent livre à succès Je ne suis pas celle que je suis nous parlait de l’exil et de la société iranienne sur un ton de psychanalyse. Avec Les putes voilées n’iront jamais au paradis elle dérange, elle choque volontairement, mais on ne peut qu’être touché !

Et plus si affinités

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