Publicité sur Youtube : et l’empathie, bordel ?

Hello The ARTchemists … et lecteurs de In bed with tech ! Oui, la newsletter de ma copine Marie, dont je vous parlais il y a peu ! Eh bien figurez-vous que ma pote m’a demandé si je ne pouvais pas lui servir d’interlocutrice, en mode dialogue d’articles sur le digital. Moi qui n’y connais rien ou si peu. On va se marrer, ça va être sympa … Surtout que j’attaque fort avec le combo “publicité, Youtube et empathie” … et j’en profite au passage pour rebooster notre rubrique « Numérique » un chouia poussiéreuse en la transformant en « Digital Barking ou de la pratique salvatrice du cybercynisme. »

En mode vigie

Bon alors, pour ceux qui ne suivent pas dans le fond, il se trouve que je travaille avec Marie depuis bien trois ans (ouh, ça nous rajeunit pas, ça). Marie que j’ai rencontrée dans les couloirs de l’École Supérieure de Publicité où nous officions toutes les deux comme professeurs, à l’occasion d’une session d’examens. On sympathise, elle cherche à améliorer son style d’écriture, il se trouve que j’enseigne les techniques rédactionnelles, je me retrouve à lui filer des tips, puis à relire/rectifier sa prose … Trois ans plus tard, nous sommes partners in crime, passant nos journées à scruter la toile en mode vigie à la recherche de tendances, elle dans le social media, moi dans le sociétal.

Avec un goût partagé pour la prod de contenus fouillés, et une patience de fourmis tissant leur nid. Un nid renforcé par ces mois de pandémie passés à dialoguer au quotidien sur Messenger comme deux copines de lycée, en refaisant le monde de la com’, en scrutant les nouveaux usages, en jouant les Cassandre. Un truc qu’on sait assez bien faire du reste, elle sur sa newsletter (que j’ai vu naître, j’étais au dessus du berceau, Tata Padmé, c’était trop mignon), moi sur The ARTchemists, cher webmag culturel qui affichera bientôt  ses 10 ans d’âge au compteur. Culture et art d’un côté, tech, digital et social media de l’autre, forcément les interactions se multiplient. Tandis que Marie me refile des pistes pour alimenter mes chroniques, je partage avec elle mes scopes à 360° sur une planète qui mute à toute allure.

Brain storming 24h sur 24h oblige, chacune en vient à rédiger pour l’autre. Sauf que je n’ai pas cette perception pointue, ce flair qui la caractérise dès qu’il s’agit de détecter les usages/applis/start-up du futur. Par contre, en bonne auto-entrepreneuse/slasheuse/geekounette, je suis une utilisatrice du web à fleur de peau. Et là, il y a beaucoup à dire, surtout en matière de marketing digital souvent mal placé. Dixit ma petite mésaventure sophrologique, que je m’en vais vous narrer car elle m’a donné à réfléchir sur la connerie du monde numérique et devrait inspirer les marketeux du circuit. Je vais tacher de la faire synthétique pour ne pas trop vous perdre.

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Sophrologie vs bagnoles

22 juillet 2020 : j’ai la malencontreuse idée d’aller adopter un hamster à la SPA. A 10 mètres du portail, je croise une dame et son malinois, malinois qui a la subite idée de me choper la main. Et de me la défoncer en mode broyeuse. On oublie le hamster, direct les urgences avec à la clé une opération on the edge au service SOS main, 15 jours d’antibiotiques pour mammouth, 1 mois d’arrêt de travail, la joie qu’il ne m’ait pas bouffé la gorge ou le visage mais un choc post trauma bien senti, avec les crises de panique/larmes/spasmo qui vont n’avec, doublé d’un burn out généralisé (on ne fait jamais les choses à moitié dans la famille). Pas de médecin dans mon désert médical de province. Bref un truc bien cool. 

Pour tenir le choc entre deux consultations de psy par visioconférence (on dira ce qu’on veut, c’est quand même super pratique), je décide de me mettre à la sophrologie. Plusieurs de mes étudiants m’en avaient parlé, ça les a aidés à gérer le stress des examens, et je n’ai aucune envie de finir aux anxiolytiques (un Xanax m’a suffi, c’est bon, niet). Je file sur Google me renseigner quand même, puis sur Youtube, le royaume des tutos, je visionne plusieurs vidéos assez claires, ça m’a l’air bien, cette méthode, toujours mieux que le yoga que je ne peux pratiquer avec ma main et quart. Je dégote enfin un clip qui m’accroche, la fille est rassurante, sa voix est très calme, elle utilise des paroles qui apaisent, propose des exercices faciles et rapides à réaliser. 

Ça  tombe bien, c’est la fin de la journée, l’heure de la crise de panique quotidienne approche, je commence à sentir ma gorge se nouer, mon souffle devenir chaotique, des fourmis dans les bras … Faut plus tarder à agir sinon ça va être galère. Je lance la vidéo, je me concentre, je commence à réguler ma respiration, à me focaliser sur des pensées agréables, je fais bien tout ce que dit la dame, et ça commence à se détendre, je le sens, c’est juste super agréable, ouf, je me laisse porter, l’angoisse s’amenuise, c’est une sensation de délivrance, vous imaginez même pas … et là bim, un spot de pub ! Pour des bagnoles !!!!! 

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Youtube Ponce Pilate ?

Je vous jure ! Je suis restée sidérée. Avec l’angoisse repartant à la hausse bien évidemment, au gré de la contrariété. Qui peut être assez con pour placer un pub automobile sur une vidéo de sophro ? Qui ? Non parce que tu recours pas à la sophro pour le plaisir, si tu en as besoin, c’est que tu es en détresse, tu vas pas bien, t’es au bout de ton stress. Et si tu le fais sur Youtube, c’est que t’as pas de professionnel sous la main et/ou pas les moyens d’aller en cours. Bref t’es dans la merde + l’urgence, t’as autre chose à faire que de vouloir acheter une voiture, quoi !!! Bref raté complet pour l’algorithme … et nouvelle quête d’une vidéo sans pub pour moi. Merci Youtube !!! Et donc une réflexion peu amène, ponctuée de noms d’oiseaux que je vous épargnerai pour préserver vos chastes oreilles :

  • Malgré tout son blabla en terme de ciblage, Youtube n’a finalement pas plus de bon sens dans ses placements publicitaires que le vulgus pecus médiatico-télévisuel. 
  • La plateforme joue même là un jeu dangereux car avec ses choix malencontreux, elle casse l’effet de fascination qu’elle place au cœur de son algorithme.
  • L’effet est désastreux sur l’usager, qui se retrouve frustré et complètement paumé, et va s’empresser d’aller le raconter partout, ce qui n’est guère bon pour l’image de la marque/du vidéaste.

Vous me rétorquerez que c’est le meilleur levier pour s’abonner à Youtube Premium. Qu’il y a des astuces pour contourner la pub. Que le Programme Partenaire YouTube et éligibilité, accessible au bout de 1000 followers et 4000 heures de visionnage (et encore sous conditions drastiques) laisse de la marge d’action aux vidéastes désireux de monétiser leurs contenus, qui gèrent le paramétrage des pubs eux-même. D’ailleurs tiens, c’est marrant, je suis en train de vérifier et regardez ce que je trouve en plein milieu de la FAQ Youtube ? “Par exemple, il est possible que les annonces mid-roll ne conviennent pas à des vidéos de méditation”. Ce qui interroge la formation même des youtubeurs qui manquent sacrément de bon sens, de jugeote et d’empathie dans leurs choix programmatiques ! Peut-on les en blâmer quand la majorité ignore tout du neuro-marketing à l’œuvre derrière le social media ?

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Un peu plus loin toujours dans la FAQ, je lis : “Il se peut que certains spectateurs trouvent ces annonces gênantes, mais nous mettons tout en œuvre pour identifier des emplacements d’annonces optimaux afin d’interrompre le moins possible l’expérience utilisateur. Nous nous efforçons de trouver un juste équilibre entre les besoins respectifs des spectateurs, des annonceurs et des créateurs sur notre plate-forme”. On y croit vachement. Eh bien, mes p’tits loups, on se dédouane ? On joue les Ponce Pilate (ouais du Pilate, ça pourrait être pas mal, aussi) ? Sans aller jusqu’à tous vous faire tester la crise d’angoisse à la malinoise, je vous suggère dans le futur de miser, sinon sur l’empathie, du moins sur une meilleure approche de vos persona. Qui a la source sont humains. Parce que l’effet addictif n’aura qu’un temps. Le ras-le-bol, quant à lui, risque fort d’être définitif.