Le Prêtre et le nabab – David Azoulay : Et Dieu dans tout ça ?

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David Azoulay vient de publier chez Bréal près de 500 pages consacrées au cinéma dans ses rapports avec la religion (aux États-Unis, pour changer!), de 1934 aux années 2000, sous l’excellent titre Le Prêtre et le nabab, avec, pour couverture, une photo de tournage de Robert Mitchum dans The Night of the Hunter (1955) de Charles Laughton.

Malgré quelques petits défauts (l’auteur nous prive d’index des noms propres ; celui des œuvres est livré sous la forme banale d’un tableau… Excel ; le classement alphabétique est hérétique, qui accumule les titres commençant par des articles définis, ce qui est contraire à l’usage ; absence d’un pan entier du cinéma américain, celui du corpus du film d’avant-garde, expérimental ou underground, le plus virulent pourtant contre les bigots de tous poils), l’ouvrage se laisse lire et nous apprend énormément de faits historiques sur la censure, à partir de l’année significative retenue de 1934 (application réelle du Code Hays) et même un peu avant cette date : arrêt de 1915 de la Cour suprême défavorable au cinéma en matière de liberté d’expression ; bureaux de censure cinématographique institués dans 37 États pouvant exiger des coupes, des retouches ou des changements d’intertitres aux frais de la production ; autocensure pratiquée par les grands studios représentés par la MPPDA et engagement, en 1922, du fameux juge Hays.

Le cinéma, art de la résurrection, empaumé par le “complexe de la momie” cher à Bazin, est ontologiquement lié à la magie – à la magie blanche de Méliès, à la magie noire de Benjamin Christensen –, aux croyances populaires et aux superstitions de toutes sortes. Azoulay passe en revue, avec force détails précis notés après visionnage de centaines d’œuvres, le rapport du cinéma au religieux, ce, pendant quasiment toute l’époque du sonore, celle qui va de Cecil B. DeMille à Martin Scorsese et Ridley Scott. De l’Ancien et du Nouveau Testament, comme du vieil Hollywood des grands studios au Nouvel Hollywood des “indépendants”. Par là même, il analyse la société américaine qui, comme le rappelle l’historienne Michelle Perrot dans sa préface, baigne dans la religion “tant sur le plan de la vie quotidienne que de la vie politique.”

L’auteur distingue plusieurs périodes. Des années trente au milieu des années soixante, l’idéologie catholique est majoritaire en Amérique, donc aussi dans les messages véhiculés par le 7e Art. L’historienne résume ainsi une des thèses ou hypothèses du livre : “Les fortunes juives, qui ont investi Hollywood, souhaitent faire oublier leur judéité, tant l’antisémitisme américain (on l’oublie souvent) est alors vif.” Les protestants ayant échoué dans leur “croisade pour la prohibition de l’alcool”, les producteurs sont attentifs aux desiderata des ligues catholiques telles que la Légion de décence qui font des fixettes sur la sexualité et ses signes les plus explicites : “les corps enlacés, les décolletés profonds, les poses suggestives”, les baisers non simulés, etc. Ces ligues de vertu sont prises au sérieux par les producteurs qui les consultent y compris dès l’écriture des scénarios. Le revivalisme et le born-again religieux trouvent alors leur équivalent dans celui de genres qu’on pensait enterrés avec le muet, en particulier celui du peplum.

Commence l’âge d’or du western, la conquête de l’Ouest étant la métaphore ou la parabole de celle de la Terre promise. Il est cependant réjouissant de constater qu’avec le film de gangster les spectateurs commencent à s’identifier, non plus au shérif, mais au personnage incarnant le mal, un anti-héros sans aucun scrupule personnifié et immortalisé par le petit gars teigneux joué par le danseur-claquettiste irlandais James Cagney (et aussi, mais dans une moindre mesure, par Edward G. Robinson), prenant ainsi au pied de la lettre le slogan publicitaire vantant ou vendant le type de personnage pervers composé par Erich von Stroheim : “l’homme que vous aimerez détester”. La pudibonderie ambiante ne peut pas grand chose non plus contre une nature comme celle de Mae West qui n’hésite pas à mettre les points sur les i avec des répliques bien senties. Nous assistons, dès lors, à un lent et inéluctable (du moins, peut-on l’espérer) retournement de valeurs dont les partisans de la calotte doivent tenir compte et qui trouvera son climax dans les années soixante.

Et plus si affinités

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