Portrait : Mina Kavani, the persian star …

Mina © Marlène Goudard

Des yeux comme des lacs, dont les flots oscillent entre le bleu et le vert, … des yeux de jeune chat, où brillent la curiosité, la candeur, l’effronterie parfois, une énergie et une détermination sans faille … de Mina Kavani on ne voit d’abord que les yeux … Quand enfin on arrive à sortir de ces prunelles hypnotiques, on découvre un visage anguleux, une masse de cheveux bruns, une allure d’adolescente vive et un peu maladroite dont les gestes ébauchent une ténacité toute féminine …

Ces caractéristiques affleurent toutes dans l’interprétation de Sara, l’héroïne de Red Rose, et la force du film repose en partie sur l’interprétation magistrale qu’en fait cette actrice en fleur. Une interprétation tellement frappante que nous avons voulu lui consacrer un portrait, inspiré de nos trouvailles musicales hebdomadaires. Iranienne d’origine, la demoiselle en endossant ce personnage épris de liberté jusqu’à s’en brûler les ailes, s’interdit définitivement de réintégrer son pays d’origine.

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Née dans une famille d’intellectuels, elle évolue depuis l’enfance entre une mère galeriste, un père ingénieur, une sœur plasticienne, un frère architecte. Quant à son oncle, Ali Raffi, c’est un très grand metteur en scène iranien, en charge du Théâtre de la Ville de Téhéran ainsi que du Conservatoire national d’art dramatique. Les gênes sont là, qui attirent la petite Mina sur les planches, comme une évidence. Si ses proches fuient la guerre irano-iraquienne et viennent s’installer à Paris, elle retournera à Téhéran pour y poursuivre ses études de comédienne avant d’intégrer le CNSAD puis l’UFR d’études théâtrales de Censier Paris 3.

Elle croise la route de pointures du milieu, Daniel Mesguisch, Caroline Marcadé, Robin Renucci, Christophe Patty, Sylvie Deguy, Jean-Damien Barbin … on la voit notamment dans L’Œdipe sur la route sous la direction de Fabrice Nicot, dans Malina inspiré de l’oeuvre de Ingeborg Bachmann et mis en scène par Barbara Hutt au festival d’Avignon 2015. Du talent, de la présence, de l’audace surtout … il en faut pour relever le challenge de Red Rose : le profil de Sara cristallise toutes les libertés, brisant les interdits imposés par le régime. N’oublions pas qu’en Iran, les comédiens et les comédiennes ne peuvent se toucher.

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Amour charnel, complicité, baiser, caresses, Red Rose, à chaque plan ou presque, pulvérise cette censure, la dépasse, la renie, … Mina Kavani par sa fougue impulse l’énergie de cette transgression assumée, de cette soif de liberté. On évoque irrésistiblement la figure antique d’Antigone la révoltée, mais aussi le rayonnement tranquille et nonchalant des actrices italiennes, Silvana Mangano ou Asia Argento. De par la qualité de son jeu, par son engagement et ses partis pris, par les risques qu’elle prend puisqu’elle fit l’objet de critiques et de menaces, Mina Kavani rejoint le positionnement de d’une autre grande comédienne iranienne Golshifteh Farahani, vue dans My Sweet Pepper Land.

Toutes deux incarnent à ce titre la « persian star », l’égérie cybernétique qui sert d’avatar à Sara quand elle relate les événements de la Vague verte heure après heure. Comme nombre d’autres jeunes femmes de leur génération, ces actrices et leurs personnages expriment, défendent et propagent ce vent de révolte et d’émancipation qui souffle sur le pays, en dépit du péril de la répression. Avec talent, avec précision et courage.

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