La Pietà en concert : « La bombe humaine, c’est toi, elle t’appartient »

10 juin 2017, Paris, salle du Pan Piper : Longueur d’ondes célèbre ses 35 ans d’activisme sur le front des musiques actuelles. A l’affiche une de ses dernières découvertes : La Pietà débarque sur scène pour une heure de set. Me voici donc confrontée par la force des choses à ce projet que je fuis comme la peste depuis que les médias en parlent, car j’y pressens une désespérance complète, sans retour. Et ça glace l’optimiste que je prétends être, par peur de sombrer moi aussi dans le spleen qui tous nous menace, dixit Baudelaire.

Sacré Inouïs du Printemps de Bourges 2017, le trio porte justement une vision ultra dark du monde et de l’humanité, à la limite du supportable, contagieuse même ; si les textes diffusent une hargne, un écœurement profond, le live décuple ce sentiment, de manière électrique, au-delà du mal être perceptible dans les clips, amplifié par les images accolées à ces mots si durs, ce son sursaturé, ces power cordes qui assourdissent, cette rythmique dévoratrice, ce slam comme un lamento …

Au cœur du combo, une chatte boulimique et éventrée, au masque blanc raturé d’obscénités, mater dolorosa en robe de mariée et sweat à capuche, qui synthétise toutes les souffrances humaines, dénonçant les contradictions qu’on se force à assumer avec le sourire, parce qu’ « il faut faire comme tout le monde », au risque d’exploser en vol sous la pression et le mensonge. Un instant seulement je distinguerai son visage, alors qu’elle se roule par terre, dans un concerto de détresse psychique terrible. Épuisée, ravagée, les cheveux en désordre … une folle après une séance d’électrochocs …

Très vite le masque reprendra sa place, pour cacher ce torrent de désolation. L’impression cependant est durable : la scène ici est une bouée de sauvetage, une thérapie, le moment de lâcher les vannes, malgré la rigueur du set, la complexité du projet qui imbrique écriture romanesque et sorties d’EP des chapitres qui s’entremêlent pour narrer une longue haine d’un genre humain avec lequel on se confond. Boulimie compulsive, sentiment de n’être pas assez bien, jamais, pas assez à la hauteur, trop commun, trop dans « La Moyenne » …

Ce premier morceau en dit long sur les perspectives du groupe et de son emblématique chanteuse qui se réclame ouvertement des références suivantes, sagement alignées sur la présentation Facebook : Virginie Despentes, Nirvana, Courtney Love, Renaud, Cabadzi, Noir Désir, Ferré, PJ Harvey, Stromae, Trainspotting, Fight club … J’aurais ajouté Lydia Lunch, me demandant au passage si le port du masque, grande tendance electro des dernières années, n’est pas ici un frein plutôt qu’un atout … à voir, avec le temps l’accessoire disparaîtra peut-être, pour dévoiler une réelle portée de tragédienne.

Car c’est de cela qu’il s’agit, de tragédie. Du quotidien, du rapport aux autres, de la solitude, de l’incompréhension, au point de se prendre soi-même pour une dingue et s’auto-immoler sur des bûchers imaginaires. Une lueur d’espoir peut-être après cet ouragan d’affliction, « J’aime pas les gens » récemment précipité sur Youtube, sonne la charge, orientant la colère non plus contre soi mais sur autrui, l’humain en général, reflet de soi-même certes … mais c’est un début sinon de rédemption, du moins de réaction.

A ce moment, La Pietà incarne très justement le refrain de « La Bombe humaine » de Téléphone : « la bombe humaine, c’est toi, elle t’appartient ». Reste à savoir quoi faire de cette énergie épouvantable, la retourner contre soi et le commun des mortels, ou la sublimer par l’art. En l’état La Pietà a choisi, exprimant ainsi le désarroi commun à nombre d’entre nous. Ce n’est guère agréable à entendre, mais cela explique l’engouement autour de ce groupe qui déboule au bon endroit au bon moment pour secouer le cocotier des conventions et dire tout haut nos états d’âme secrets et refoulés.

Consultez l’album photos.

Et plus si affinités

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