Peur : Bob Woorward passe la présidence Trump au crible …

Et cela vaut son pesant de pop-corn. Car le tombeur de Richard Nixon a ici un sujet en or, tellement énorme que ça en devient grotesque. Intituler cette plongée en trumperie « Peur » était-il justifié ? Le terme « chaos » aurait pu convenir également, amateurisme, grossièreté, … ce ne sont pas les qualificatifs qui manquent quand il s’agit de cerner le phénomène Trump et ses dérives.

Ce que Woodward met en plat en 500 pages et des brouettes, un pavé bien épais qui relate les différents temps de cette prise de pouvoir aberrante, imprévisible, tumultueuse et désormais irréversible … à moins d’un miracle ? Car au fil des pages de récit rocambolesque, on en vient à se demander si le nouveau locataire de la maison Blanche acceptera de vider les lieux au terme de son mandat … ou s’il le finira intact ? Après tout, de plus émérites y ont laissé leur peau avant lui, Lincoln ou Kennedy …

En l’état on oubliera l’excellence ; ce qui ressort de cette enfilade d’anecdotes, c’est le portrait d’un individu inéduqué, incapable de se concentrer, colérique et émotif, absolument imperméable aux réalités diplomatiques, qui prend en main le sort de l’Amérique comme un petit négociant immobilier entre deux parties de golf … Et progressivement, le titre du livre prend sens … et le lecteur de trembler à chaque nouvel épisode de ce casse-tête politique et social, à chaque fois qu’il décide sur un coup de réduire une alliance à néant, qu’il insulte un opposant, qu’il vire un assistant…

Que dire de l’entourage de ce président épuisant, réduit à vivre sur les nerfs, qui doit subtiliser les lettres rompant les traités, lui répéter des dizaines de fois la même chose, alors qu’il n’en a cure : il refuse de sortir de sa vision étriquée des choses, persuadé qu’il est d’avoir raison à partir de ses très minces perceptions de la situation globale même face à des experts qui ont consacré leur carrière aux sujets qu’ils traitent de main de maître … bref un con doublé d’un vaniteux … qui plus est cerné d’individus aux objectifs contradictoires et qui tirent la couverture à eux, sans vergogne aucune …

C’est cette atmosphère toute particulière que Woodward reconstitue à partir d’un tissu de confidences, d’interviews, de discours, de réflexions … et de tweets. Ah ces tweets ! Un fléau pour les conseillers qui tentent de gérer ce vieillard irascible et menteur, manipulateur en diable et doté d’un égo surdimensionné. Comment a-t-on pu en arriver là ? La lecture de Shakespeare et Brecht pourrait apporter des clés de compréhension peut-être …

Woorward en décortiquant le processus de conquête du pouvoir met à jour une logique assez fine doublée d’une stratégie couillue mais qui porte ses fruits, sur fond de politique à l’américaine avec ses particularités et ses codes. Une grille de lecture pertinente qui éclaire le comportement faussement décousu de ce diable d’homme qui n’a de vision que lui-même. Et c’est bien pauvre pour gouverner pareil pays sur le long terme.

Et plus si affinités

http://www.seuil.com/ouvrage/peur-bob-woodward/9782021417722

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