Peste de Marseille, grippe espagnole : deux documentaires pour comprendre et se souvenir

C’est pas qu’on veuille foutre la merde (oui c’est Padmé qui vous parle, avec un chouia d’agacement dans la voix), mais faut avouer qu’on entend et voit pas mal de conneries ces temps derniers. COVID19 en force : tandis que les témoignages abondent de médecins et de malades qui laissent présager une période pas sympa du tout pour nos miches, certains se cadenassent chez eux, après avoir dévalisé les rayons de PQ des grandes enseignes, tandis que d’autres sortent faire la teuf habillés en Schtroumpf, continuent de se faire la bise, de cracher par terre, bref de vivre normalement …

Seulement voilà : les signaux forts se multiplient. Pandémie officialisée par la sacro sainte OMS, frontières bouclées, pays mis en quarantaine, hôpitaux saturés, cris d’alarme généralisé des toubibs, E3 annulé (l’E3, les mecs, l’E3 !!!!!), Sériesmania rayé de la carte, le Berghain bouclé pour un mois … Et dans tout ça, des gouvernants qui se montrent confiants, appellent au calme et à la pondération, bien que pour certains confinés au chaud dans leur tanière et dépistés, les chanceux, il n’y en aura pas pour tout le monde, comme les lits d’hôpitaux et les appareils respiratoires … Frenchy supermen !!!

Chaos médiatique, messages contradictoires, réseaux sociaux proches de la PLS, et nous dans tout ça, on fait quoi ? Il nous reste, pauvres hères que nous sommes, l’Histoire pour nous souvenir qu’épidémie = merde sanitaire et sociale intégrale. Pas rassurant, je vous l’accorde, mais vrai. Dixit les deux documentaires que mes consœurs Delphine et Dauphine ont visionnés, l’un sur la peste qui ravagea Marseille en 1720, l’autre sur la grippe espagnole qui mit le monde à genoux en 1918. Deux références plutôt citées ces derniers jours … mais dont on a tout oublié et c’est fort dommage, ma brave dame !

Car elles nous rappellent à l’ordre :

1. nous ne sommes jamais à l’abri de ce type de contagion

2. le principe de précaution est vital

3. il est toujours trahi par l’appel du gain et la cupidité économique

4. quand la catastrophe est enclenchée, on l’aggrave en la taisant, en la minimisant.

Je laisse la parole à mes camarades qui vont vous présenter ces deux docs précieux. Regardez-les, souvenez-vous, un internaute averti en vaut deux.

Padmé PURPLE

L’ombre d’un doute : La peste de 1720 – a-t-on sacrifié Marseille ?

Le pire dans ces histoires d’épidémie, c’est l’inconnu. L’inconnu alimente la panique ou la nonchalance. Deux comportements coupables … tout comme l’avidité. On parle actuellement beaucoup de la grande peste de Marseille, qu’on compare à la pandémie de coronavirus. A tort ou à raison, l’Histoire nous le dira. Mais avant il convient de remettre les choses dans leur contexte et d’en tirer les enseignements qui s’imposent. Ce que l’émission L’ombre d’un doute fait avec acuité via l’épisode intitulé « La peste de 1720 – a-t-on sacrifié Marseille ? »

Mené tambour battant par un Franck Ferrand particulièrement inspiré, le documentaire mêle animation, témoignages et illustrations pour autopsier cette catastrophe toujours ancrée dans l’inconscient phocéen. Nous sommes en mai 1720 ; grâce à son port qui ouvre le royaume de France sur la Méditerranée, le Maghreb et le Moyen-Orient, Marseille est une cité prospère, qui a bâti sa fortune sur le commerce des étoffes et des épices. Quant aux épidémies, cela fait longtemps qu’elle les a jugulées, à grand renfort de quarantaine imposée à tous les navires qui se présentent.

Il suffira d’un seul manquement pour que la peste s’infiltre dans la ville et la terrasse ainsi que toute la Provence. Le Grand Saint-Antoine, dont les soutes sont chargées d’une cargaison de tissus de prix, esquive le contrôle : la moitié de la population phocéenne y restera, de même 1/3 des habitants du Sud. Avec à la clé des scènes apocalyptiques : malades foudroyés en pleine rue, mourants abandonnés par leurs proches, monceaux de cadavres pourrissant au soleil … en pic d’épidémie, plus personne ne peut débarrasser les corps, on recrutera des forçats pour assurer cette mission. Tous y resteront.

Le bilan humain est atroce, la crise économique enclenchée aussi. La ville mettra des années à s’en remettre. Tout ça à cause d’une négligence, engendrée par la volonté de s’enrichir. Impliqués peut-être dans ce chaos, les échevins le sont à coup sûr pour leur aveuglement coupable, refusant d’admettre que la peste a annexé les quartiers pauvres, de prendre les mesures de contingentement qui s’imposent. Minute après minute, le documentaire dissèque la mécanique d’un chaos dont chaque étape ressemble à la situation actuelle.

Voici pourquoi il importe de voir ou revoir ces images. Pour comprendre les différents stades d’un déni alimenté par la volonté de préserver une activité économique qu’en fait on affaiblit. Pour saisir à quel point une épidémie peut déconstruire le fonctionnement d’une communauté, l’abattre, la réduire à néant. Si Covid19 s’avère moins meurtrier que la Grande Faucheuse, il n’en est pas moins un facteur d’inconnu et de trouble social potentiel : le principe de précaution est essentiel, vital, l’exemple de Marseille 1720 en est une preuve effroyable, dont il faut se souvenir.

Et plus si affinités

https://youtu.be/5ggaSA1eTEM

Dauphine de CAMBRE

La grande tueuse : grippe espagnole aka H1N1

Absente des livres d’Histoire, elle serait pourtant le grand vainqueur de la 1ere Guerre Mondiale, laissant derrière elle de 50 à 100 millions de morts, si l’on en croit les dernières estimations d’une épopée aussi mortifère qu’opaque. Plus dévastatrice que la peste noire, beaucoup moins connue … la grippe espagnole viendrait en fait des USA où elle apparaît dans les camps d’entraînement des soldats promis au front européen. Nous sommes en 1917. L’Amérique vient d’entrer dans le conflit ; personne n’imagine qu’elle va importer sur le vieux continent la pandémie la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité. Ce sont les différentes étapes de ce fléau que le documentaire La Grande tueuse met en évidence.

Les réalisateurs Marc Garmirian et Gilles Cayatte rassemblent interviews d’historiens et de scientifiques, documents d’époque et archives pour décrire ce mal pernicieux que les autorités militaires de tous bords cachèrent avec un soin maniaque, contribuant ainsi à répandre cette souche aussi virulente que meurtrière du H1N1. Seule l’Espagne, pays neutre, en parlera dans la presse d’où le patronyme populaire de la maladie qui n’a finalement rien d’ibère. Les civils n’apprendront que très tard l’existence de ce virus, alors qu’il fait déjà des dégâts considérables … et qu’on ne dispose d’aucun traitement pour l’endiguer. Pas de vaccins, pas de médicaments, rien …

Ce récit terrifiant donne à voir notre actualité. Si Covid19 n’est pas H1N1, il n’est pas à négliger pour autant, car il pourrait bien en imiter le mode de transmission et entraîner dans son sillage le séisme décrit séquence après séquence. Un scientifique interrogé émet une remarque lourde de sens : il convient de se souvenir pour ne pas répéter les erreurs passées. Soigneusement camouflée par des autorités militaires jalouses de leurs prérogatives, l’infection aurait pu être sinon jugulée, du moins impactée si les populations avaient été averties, des mesures de confinement prises à temps. On ne joue pas avec une épidémie, on ne doit pas la sous-estimer ni la taire.

Nous sommes en 2020 ; en tant qu’occidentaux, nous n’avons pas connu de pandémie, jamais, puisque la dernière grande contamination qui a frappé notre territoire, c’est justement la grippe espagnole. Nous ne savons donc pas ce que c’est, nous ignorons à quel point ce genre d’infection peut détruire les bases d’une société, d’abord de manière pernicieuse puis au lance flamme, quand la contagion est à son paroxysme. Les chiffres cités dans le documentaire sont de loin supérieurs à ceux actuellement affichés par les médias au quotidien. Mais il convient de se rappeler qu’à ses débuts, la grippe espagnole a commencé à petite échelle, faisant peu de victimes … jusqu’à ce que tout s’embrase, sans plus aucun contrôle.

La situation actuelle diffère-t-elle ? Le coronavirus 19 est-il moins létal ? Qu’en sait-on à ce stade des études effectuées ? Sans sombrer dans la panique et le complotisme, l’évocation de ce passage particulièrement sombre de notre Histoire commune donne à réfléchir et plaide pour le principe de précaution. On n’est jamais trop prudent dit le proverbe … il serait temps de s’en souvenir.

Et plus si affinités

https://www.ina.fr/video/3318643001

https://boutique.ina.fr/dvd/PDTINA001520

Delphine NEIMON