Paname Underground : quand Zarka se tape Flore …

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Ouep vous avez bien lu, et comme moi, vous n’en revenez pas … Zarca, le Mec de l’Underground, qui a commis Le Boss de Boulogne et Phi Prob avant de s’atteler au dantesque Paname Underground, vient de rafler le prix de Flore 2017 ex-æquo avec L’invention des corps de Pierre Ducrozet ! A la clé du concours lancé par Frédéric Beigbeder et Carole Chrétiennot en 1994, la reconnaissance du secteur littéraire tout entier, 6150 euros de récompense et un verre de Pouilly fumé gravé au nom du lauréat, où il pourra tremper ses lèvres au comptoir du prestigieux établissement, tout au long de l’année, quand bon lui semblera. Et là j’éclate de rire !!!!!

Non mais franchement, les gars du jury, vous imaginez Zarca avec sa gueule de boxeur fatigué, ses cernes d’insomniaque, sa gouaille de gamin des banlieues, ses fringues de dealer, son allure de mafieux tout droit sorti de Gomorra, venir régulièrement poser son cul sur les banquettes du germano pratin troquet au nom de nymphe végétalisée ? Pour y siroter du vin millésimé ? Et mater les MILF du quartier venir boire leur thé Mariage frère avec leurs copines au sortir d’une rafle shopping au Bon Marché, tant qu’on y est ? Non mais une mise au POING s’impose !

Zarca, les nymphettes, il les embarque dans les love hotels pour les serrer en levrette, il préfère le whisky aux grands crus, le pastaga aux tisanes, les pailles, il ne les utilise par pour siroter de la grenadine, mais pour s’enfiler de la coke et autres poudres psychotropes à haute teneur en défonce, et par paquet d’un kilo. Bref il risque fort de faire tâche dans le décor … et c’est un bien !!! Car en digne héritier de Rétif de la Bretonne et consort, il vient de replacer la littérature française là où elle se doit d’être, loin des académies bon teint, dans la rue, dans le réel, le concret, à la pointe du verbe, de l’outrance et du véridique.

Et c’est un autre bien que vous l’ayez reconnu, car en un vote, vous venez d’effacer le fossé qui sépare la pop culture de l’élitisme intello. Ouep, on peut rédiger sur les bas fonds les plus sordides et le faire avec une plume d’ange ! Zola l’a fait en son temps naturaliste, les Goncourt de même (tiens le Goncourt ça aurait été bien aussi, pour le prochain coup peut-être), Gorki pour ceux qui apprécient l’écriture à la russe, rude et fantasque. Zarca, néo Villon qui nous chante la balade des junkies, y mêle la faconde un brin épileptique de l’esprit slave, dans ce portrait dantesque d’une cité monde au double visage.

Et du coup il réinitialise Les Mystères de Paris, propulsant Mérimée à l’ère du digital et de la globalisation, avec les accents du légendaire Kebra de Tramber et Jano, dans ce guide survolté d’un Paname pervers, stoned, dangereux, décadent. Culbutant la Ville Lumière, Zarka en dévoile les secrets sans ménagement, et son parcours devient récit d’une course contre la montre, dont on ne démêle jamais le vrai du faux, le véridique de la fiction. Bon il doit quand même y avoir pas mal d’imagination parce que sinon, le Zarca, il serait déjà en zonzon, à tétouiller son Pouilly fumé derrière les barreaux. Mais quand même, … il reste une bonne dose de vrai dans son approche, bien ironique aux entournures … et ça fait pas rêver.

Le secret est là dans l’effacement des limites, et la sensation à chaque ligne que cela pourrait arriver, un pu dans l’esprit dans du regretté Thierry Jonquet, qui trouve ici un héritier à sa mesure. Suffit de vivre dans le 94 ou le 93 pour s’en convaincre, j’ai fait les deux, les règlements de compte entre voyous, ça existe et on récupère les corps au matin, remerciant le ciel de pas avoir pris un pruneau par accident. Du coup la bourlingue de Zarca aux quatre coins de la capitale, elle sonne encore plus juste. Idem pour le langage, les tournures, cet argot volubile, riche, gras, crypté … qui devrait ramener bien des gamins en rupture de ban scolaire sur les chemins de la littérature, et là aussi on dit merci ! Et bravo ! Et encore !

RDV au prochain opus de cette geste délirante, aux allures d’Odyssée post moderne, un peu d’apocalypse avant la lettre, Gargantua dérapant dans la fange rabelaisienne pour se ramasser dans les flaques boueuses de notre temps. Finalement rien n’a changé, l’humanité est toujours aussi naze, mais quand elle veut, elle peut produire de si jolies choses.

Et plus si affinités

https://www.editionsgouttedor.com/single-post/2017/08/19/Paname-Underground

http://www.lemecdelunderground.com/

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