Oudéis / Géographies variables : résider pour créer

Parmi les installations pensées pour les 5emes Rencontres Numériques, deux l’ont été au cours de résidences initiés par Incident.net et La Chambre Blanche puis rejoints par Oudéis. Baptisé Géographies Variables, ce programme rassemble des créateurs français et québecois spécialistes des ressources numériques et internet.

L’idée est simple : mettre ces créatifs débridés dans un même espace et les faire interagir. Pour parler de leur travail, de leur approche, de leurs préoccupations, de leurs perspectives. Pour réfléchir et inventer aussi. Un laboratoire donc, qui cimente les relations, engendre les projets, les amène à maturation. Et quelquefois les propulse dans le champ d’une exposition.

C’est ici le cas pour deux dispositifs édifiants quant à l’analyse proposée, … et complètement farfelus, dingues et révélateurs quant au principe appliqué. Laissons les artistes vous expliquer la chose par eux-mêmes, vous saisirez bien mieux la perspective envisagée, les obstacles à franchir, la technique à maîtriser, et le travail accompli :

 

Codification générale à l’eau – Cécile Babiole / Jack

Cécile Babiole et Jean-Marie Boyer / Codification Générale à l’Eau / Interview from Oudeis on Vimeo.

Friendly Floatees – Laurent Lévesque

Laurent Lévesque / Friendly Floatees / Suite du projet et développement from Oudeis on Vimeo.

Ces Géographies variables prolixes et d’avant-garde sont soutenues par le Consulat général de France à Québec, les Relations internationales Québec, le Ministère français de la Culture et de la Communication et la Région Languedoc Roussillon. Beaucoup d’acteurs rassemblés ici dans un effort commun, une volonté de tisser des relations durables entre les communautés d’artistes. Oudeis intervient comme un vecteur fédérateur qui organise ces résidences et en accueille les gestations, pour en relater l’avancée.

Les vidéos très fouillées que vous avez vues font parties de ce travail de restitution au même titre que des publications actuellement en élaboration sur le principe du catalogue Silence Vert dont nous vous avons déjà parlé. Recevoir, harmoniser, observer, raconter : ici la Oudeis team dévoile une autre facette de ses talents comme nous l’explique Sandra Bébié Valérian.

Oudeis a un long passé de résidences. Vous en avez accueilli plusieurs dans votre histoire. Pour vous, quelle est la fonction d’une résidence ? Comment cela se passe, comment orchestrez-vous vos résidences ?

Cela a constitué une étape très importante dans l’histoire de la structure. Nous avons commencé par de la diffusion. Très vite nous avons senti que l’essentiel dans un projet comme le notre, ancré dans un territoire semi rural avec un contexte économie spécifique, c’était la production. Les résidences font partie des moyens de production qu’on peut mettre au service des artistes et de la création. Dés que nous avons eu les conditions matérielles pour organiser des résidences, nous avons commencé. C’était en 2010, ça a coïncidé avec l’ouverture d’un nouveau local avec un studio attenant, qui permettait d’accueillir des artistes sur un temps assez long. Il y a un espace de travail avec du matériel de travail, et un hébergement, donc des conditions optimales.

C’est aussi un regard, une expérience et une expertise forgée au fur et à mesure. Oudeis a une position très marquée dans ses choix curatoriaux et cela se ressent dans les artistes accompagnés en résidence. Il va y avoir des convergences au niveau des thématiques abordées, des outils utilisés, on fait en sorte de travailler ensemble, l’artiste est le moteur de son œuvre, mais dans un autre cadre le développement de sa création aurait été différente.

Il y a trois projets qui se sont succédés en résidence pour la préparation des 5emes Rencontres. Comment cela s’est-il orchestré ?

Il y a d’abord eu deux premières résidences inscrites dans le programme d’échange France/ Québec intitulé Géographies Variables et initié par Incident.net en France et la Chambre blanche au Québec. Ce programme rassemble des artistes des deux pays qui se retrouvent dans un même lieu dans l’un ou l’autre pays. Nous sommes quelques structures françaises inscrites dans ce programme et nous avons accueilli d’abord Laurent Lesvêque, artiste québécois ainsi que Cécile Babiole et Jean-Marie Boyer. On a tout simplement reçu leurs dossiers, sélectionné leurs projets pour leur pertinence, mais aussi pour la manière dont ces projets pouvaient communiquer ensemble. C’était important qu’ils puissent tous travailler dans le même espace durant le même temps de résidence. On les a accueillis tous ensemble, et cela a été l’occasion de très beaux échanges humains et artistiques. C’était ce qu’on recherchait.

Quant à la troisième résidence qui a lieu actuellement, c’est celle de Pascale Gustin. Elle est le fruit de plusieurs années d’échanges. On cherchait comment travailler ensemble. Parce qu’on ne voulait pas inscrire une résidence au petit bonheur la chance, on a attendu l’occasion de l’accueillir sur une date plus importance, de mettre du sens dans l’accueil en résidence. C’est le cas sur cette 5eme édition.

Une résidence réussie selon Oudeis, c’est quoi ?

Plusieurs choses sont en jeu :

– Les moyens de production qu’on va mobiliser et mettre à disposition pour que l’artiste crée dans de bonnes conditions. Si on peut rassembler des moyens techniques, humains, matériels, financiers, c’est déjà un premier point de réussi.

– Ensuite il y a les relations entre l’artiste et les équipes. Va-t-on arriver à échanger des points de vues, à provoquer une ouverture chez l’artiste ? Nous documentons beaucoup les résidences. C’est très important pour nous de garder trace de ces étapes de créations, c’est assez exceptionnel de montrer toute l’élaboration d’une œuvre, les coulisses de la création. Parfois l’artiste n’est pas forcément enclin à rentrer dans les détails des enjeux et des thématiques. Du coup nous jouons le rôle de faciliteurs. L’ouverture provoquée est importante car elle initie le recul nécessaire. De plus nous apportons un soutien technique et des solutions auquel l’artiste ne pense pas forcément.

Si tout cela peut aboutir à un temps de diffusion, c’est un plus supplémentaire. Si on peut ouvrir ce travail au public ou au territoire, c’est important.

Plusieurs institutions vous ont épaulé. Comment cela se met-il en place ?

On a deux cas différents. Géographies Variables est soutenu par le Québec et la France, après chaque structure va chercher des compléments auprès des institutions régionales par exemple. C’est un projet de territoire, en ce sens, ce qui compte, c’est l’échange d’expériences entre les artistes, l’échange de réseaux professionnels également. Tout le monde a intérêt à faciliter ces échanges par la possibilité d’aller sur de nouveaux territoires. Pour les institutions c’est important de privilégier cet aspect.

Vis-à-vis de la région Languedoc Roussillon qui a soutenu Oudeis sur l’accueil de ces artistes dans ce cadre spécifique, c’est tout simplement parce que la région a une politique d’aide à la création numérique, et c’est sur cette aide que nous avons pu accueillir les trois artistes dans de très bonnes conditions. C’est important d’aider les artistes à produire, notamment dans le champ des arts numériques, car nous n’appartenons pas au marché de l’art habituel. Ainsi sur la foire Show Off, il n’ya pas eu de vente. Donc nous sommes sur des formes émergentes qui ont besoin de soutien, pour des raisons artistiques mais aussi parce que, et contrairement à ce qu’on pense, l’art numérique permet de créer du lien, beaucoup de lien social (jeunes, personnes âgées, …) et de dialogue.

Un grand merci à Sandra pour son temps et ses réponses.

Et plus si affinités

http://www.oudeis.fr/

Incident.net/geo

http://www.chambreblanche.qc.ca/fr/

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